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Si ça continue ça va pas durer

l’essence du néolibéralisme

Je n'ai aucun bagage ni en économie, ni en sociologie.
Mais je suis un scientifique.
Aussi, quand je vois que les chiffres officiels du chômage (clic) et les chiffres officieux présentent des différences très importantes (voir ici), je m'interroge sur les raisons de cette différence.
Il semble évident que l’intérêt pour le gouvernement est d’avoir un chiffre du chômage le plus bas possible, pour continuer de faire croire qu'il travaille pour le peuple.
Mais il est aussi assez probable que l’intérêt pour les entreprises soit un nombre de travailleurs précaires, à temps partiel, ou de chômeurs le plus élevé possible.
La solution est toute trouvée, en ces temps de décomplexions (bel euphémisme pour décrire le plaisir évident de saccage de la horde au pouvoir.) : le mensonge ! Et un mensonge de taille: entre les 1.9 millions de chômeurs vantés par le gouvernement (qui ne représente qu'une partie des chômeurs) les 3.5 millions de chômeurs "officiels" (source ANPE), les 4.5 millions de personnes inscrites a l'ANPE (source ANPE également), et les x millions de RMistes non inscrits au chômage, de chômeurs radiés, de jeune en difficulté d'insertion etc...on passe facilement de 7.9% à 15% ou 20% de chômeurs au sens large.
De gens qui cherchent à bosser pour bouffer.
De gens prêt à fermer leur gueule face au patron ou au petit chef dans l'espoir que le CDD soit reconduit encore une ou deux fois fois trois mois.
J’ai sorti de leur contexte 4 paragraphes (plus ou moins redecoupés, si si j’ai osé…) d’un texte trop long pour être reproduit ici (2500 mots) de Pierre Bourdieu, publié dans le Monde Diplomatique de Mars 1998 ("Cette utopie en voie de réalisation d’une exploitation sans limite ; l’essence du néolibéralisme")
Comment résumer Bourdieu sans trahir le message ? Le mieux bien sur est de sauter directement sur ce lien pour lire le texte intégral.
Il est bon de garder en tête que ce texte a 10 ans. Ce qui signifie (entre autre) que les messages d’alerte des intellectuels sont à prendre très au sérieux. Ils ont une faculté d'anticipation et d'analyse qui force le respect.
Et surtout qui mérite une écoute attentive.

« Et si [le monde économique ] n’était, en réalité, que la mise en pratique d’une utopie, le néolibéralisme, ainsi convertie en programme politique, mais une utopie qui, avec l’aide de la théorie économique dont elle se réclame, parvient à se penser comme la description scientifique du réel ? »

« [L]e discours néolibéral n’est pas un discours comme les autres. […]. C’est un discours […] si fort et si difficile à combattre […] parce qu’il a pour lui toutes les forces d’un monde de rapports de forces qu’il contribue à faire tel qu’il est […]. [C’est] un programme de destruction méthodique des collectifs […] qui tire sa force sociale de la force politico-économique de ceux dont il exprime les intérêts […] »

« Le fondement ultime de tout cet ordre économique [néolibéral] placé sous le signe de la liberté, est en effet, la violence structurale du chômage, de la précarité et de la menace du licenciement qu’elle implique : la condition du fonctionnement « harmonieux » du modèle micro-économique individualiste est un phénomène de masse, l’existence de l’armée de réserve des chômeurs. »

« Parmi ces collectifs, associations, syndicats, partis, comment ne pas faire une place spéciale à l’Etat, […] capable de contrôler et d’imposer efficacement les profits réalisés sur les marchés financiers et, surtout, de contrecarrer l’action destructrice que ces derniers exercent sur le marché du travail, en organisant, avec l’aide des syndicats, l’élaboration et la défense de l’ intérêt public qui, qu’on le veuille ou non, ne sortira jamais, même au prix de quelque faux en écriture mathématique, de la vision de comptable […] que la nouvelle croyance présente comme la forme suprême de l’accomplissement humain. »

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