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Si ça continue ça va pas durer

La revolte et la force

Je lis régulièrement CSP, et je partage le plus souvent ses constatations, mais beaucoup plus rarement ses conclusions.
Je me suis longtemps demandé pourquoi, et je pense avoir trouvé: D'une situation intolérable (pour faire court, l'ultralibéralisme glouton et irresponsable qui pourri tout ce qu'il touche), il tire le plus souvent des conclusions de haine et de violence. Ce ne serait pas si grave s'il n'était pas -de fait- l'une des voix du NPA, bientôt le premier parti d'opposition-avec-des poils.

La rhétorique de CSP est rodée: ceux d'en face, ces enfant de salauds, ces ordures protéiformes, nous haïssent du fond des tripes, et leur violence sociale est sans limite; en conséquence, notre haine doit être réciproque et ils doivent prendre notre violence en retour dans les gencives, entre autre *.
Deux exemples:

"Vous avez vu et entendu les gens présents dans cette vidéo et vous avez eu envie de leur faire mal. C'est naturel. Vous avez vu qui ils étaient et comment ils se comportaient, et vous avez senti s'épanouir en vous une haine féroce, [...] Et c'est très bien. [...] Vous avez envie de ravager leur monde."
(source ici)

"Non, vraiment, rien à faire. Je hais ces gens. J'insiste : ce n'est pas de la "détestation", ça n'a rien à voir avec de "l'indignation" je ne me sens même pas en "colère", ni quoi que ce soit de similaire qui puisse passer pour une émotion passagère et "présentable". Acceptable. [...]Je hais, et j'assume. Ce que je ressens, c'est de la haine, et ressentir de la haine en ces temps de Réaction décomplexée, c'est normal. Mieux : c'est bien."
(source ici)

Quelques définitions:
"La haine est un sentiment de répulsion intense éprouvé à l'égard de quelqu'un (parfois quelque chose). Il s'agit en définitive d'un désir de destruction de l'objet (être ou chose) sur lequel il porte." (Wikipedia).


Selon cette définition, il est aussi acceptable de haïr ce système aliénant qu'il est est intolérable de haïr les humains qui vivent dans et de ce système. Parce que nous vivons tous, de façon plus ou moins directe, dans ce système. Cette haine est fondamentalement auto-destructrice. On ne peut rien construire sur de la haine.
Ce qui n'empêche pas d'être profondément révolté. Et cette révolte n'est pas forcement "présentable", et encore moins "passagère"
.

"La révolte est un sentiment d’indignation et de réprobation face à une situation. Une révolte est aussi, dans un sens plus précis, le refus actif d'obéir à une autorité. Elle correspond donc à une large gamme de comportements : non respect des normes sociales, désobéissance, tentatives d’insurrection, mutineries, rébellions…" (Wikipedia)
La révolution ** échouera si elle porte en elle la haine de l'autre.
Une saine et profonde révolte, qui vient du ventre, et qui se base sur la conviction intime que le système libéral est fondamentalement nuisible, autoritaire et destructeur, est bien plus puissante qu'un sentiment de haine, focalisé sur des pantins. Cette révolte me permet au moins de concilier mes conviction pacifistes et l'urgence de la situation. Je suis convaincu que notre avenir radieux, il faudra le construire sur un champs de ruine, et la haine n'a rien à voir là-dedans.

CSP manie sa plume comme un rasoir. Je pourrait bien me retrouver sanglant et humilié en place publique. Mais la nuance entre la révolte et la haine, entre la force et la violence me parait fondamentale, alors que le futur est furieusement incertain, et qu'il est si facile de se fourvoyer...


* Il existe aussi des supplices raffinés pour Frederic Lefebvre. Dans des cas aussi extrêmes, je ne peux pas lui donner tort.
** Je parle de révolution au sens le plus large, "tout changement ou innovation qui bouleverse l'ordre établi de façon radicale" (Wikipedia).

Commentaires

  1. pour compléter, il effectue aussi un salutaire travail de déconstruction du discours libéral, avec des excès certains mais compréhensible.
    Un de ses derniers billets est "typique" de ce qu'il sort: http://comite-de-salut-public.blogspot.com/2009/03/ah-mais-que-ces-gens-sont-cocasses.html. Finalement si tu enleves la dernière phrase, qui pourrait s'apparenter à une pirouette de sortie, ben c'est très lisible. Et très didactique, aussi.

    Posté par bo — 10 Mar 2009, 06:33

  2. CSP manie sa plume comme un rasoir, et la provocation comme un repoussoir.
    Il ne livre pas un discours pret à porter, mais il faut le lire et faire le tri, tirer ses propres conclusions. Ce qui est déjà pas mal.

    Posté par bo — 10 Mar 2009, 06:20

  3. c'est la principale raison pour laquelle je n'ai pas insisté .... j'ai lu qqes fois son blog ... mais non désolé, je peux pas.

    je crois qu'à ce niveau là, on est construit de la même façon, le moindre bruit de bottes, d'arme, de baston, de haine qqconque ... me file des frissons d'angoisse. D'oû qu'ils viennent ...

    Posté par Tonio — 09 Mar 2009, 20:08


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