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Si ça continue ça va pas durer

à défaut de faire du bien, on peut quand même faire du mal

Une petite interview d'Emmanuel Todd dans Libération du 04 octobre. Dont je vous livre un gros extrait.
Parce qu'il ne faut pas oublier, même si "A Francfort, le Dax, qui perd 7,41%, est tombé en dessous des 5.000 points, barre sous laquelle il n'était plus passé depuis septembre 2005", que nous sommes toujours gouvernés par les mêmes incompétents, qui ont maintenant en plus l'excuse de la crise pour justifier tout et son contraire...
On notera au passage la question-piège "y a-t-il trop d'immigrés en France ?". Merci Libé...

[...] Eric Aeschimann: Comment interprétez-vous le bras de fer du gouvernement avec la Cimade ?

Emmanuel Todd: Il faut revenir à l'équation fondamentale du sarkozysme qui est de taper sur les faibles pour faire oublier qu'on est copain avec les forts. L'irruption du sarkozysme, ça a été la récupération de l'électorat du Front national suivi des avantages fiscaux pour les plus riches. Dix-huit mois après l'élection, il est clair que cette présidence est désastreuse sur tous les fronts économiques, que ce soit la baisse du niveau de vie - [...] ou la hausse du taux de chômage. La tentation est donc grande, pour le sarkozysme, de se ressourcer dans son domaine d'excellence : la désignation de boucs émissaires. Il est vraisemblable que le gouvernement se moque éperdument des résultats concrets, au demeurant tout à fait marginaux, de sa politique d'expulsion de personnes sans papiers. Le but de l'opération apparaît bien plutôt de montrer à l'électorat du Front national qu'on pense à lui et qu'à défaut de faire du bien aux Français, on peut quand même faire du mal aux étrangers en situation irrégulière.

E. A.: Il s'agirait donc d'une politique de provocation délibérée ?

E. T.: Oui, et la manœuvre met d'ailleurs les associations de défense des sans-papiers dans une situation très difficile, parce qu'elle les instrumentalise et tente d'en faire les soutiens involontaires de la politique du gouvernement. Ces associations ont le devoir de défendre les droits des personnes placées dans des centres de rétention, mais, ce faisant, elles servent de caisse de résonance à la stratégie sarkozienne de désignation des plus faibles comme cause fantasmatique des problèmes de la société française. [...]

E. A.: Si Sarkozy a effectivement été élu grâce à son discours anti-immigrés, cela veut-il dire que les Français sont racistes ?

E. T.:C'est là que le problème devient historiquement passionnant. Car je pense que le gouvernement interprète de travers son succès électoral de 2007. Une analyse détaillée révèle en effet que le transfert de l'électorat Front national vers le vote Sarkozy n'a pas concerné de façon homogène les différentes catégories socio-économiques : les commerçants se sont ralliés, oui, mais pas les ouvriers. Ce qui veut dire que la protestation économique est en train de reprendre l'avantage sur l'illusion identitaire.

E. A.: Y a-t-il trop d'immigrés en France ?

E. T.:La France est l'un des pays d'Europe où il y a le moins d'immigration. Savoir si l'on va renvoyer chaque année 25 000, 26 000 ou 27 000 personnes sans papiers, focaliser tous ses efforts sur 1 000 personnes de plus ou de moins, n'a strictement aucun sens par rapport aux problèmes de la société française. En vérité, le vrai défi pour Nicolas Sarkozy sera de justifier son obstination à chasser les sans-papiers au moment où la crise du capitalisme financier mondial, par son ampleur, démontre son incompétence économique et son impuissance à agir. La ficelle va apparaître comme vraiment trop grosse : attaquer la Cimade quand les plus grandes banques font faillite a vraiment quelque chose de pathétique.

Commentaires

  1. "l'équation fondamentale du sarkozysme qui est de taper sur les faibles pour faire oublier qu'on est copain avec les forts."

    Belle synthèse ! Tout est dit.

    Fallait pas l'inviter.

    Le jour où les pauvres éviteront de voter pour leur ennemis de classe, on n'évitera pas tous les problèmes mais ceux-ci seront posés en termes clairs.

    En attendant, la révolution passera par les cadres.

    Arf !

    Zgur

    Posté par Zgur — 12 Oct 2008, 20:12


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