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Si ça continue ça va pas durer

des gagnants des perdants

Une trouvaille extraite de l'indispensable Article 11, "A propos de ce nouveau et absurde chiffon rouge que le pouvoir a décidé d’agiter, créant de toutes pièces un ennemi intérieur jusqu’alors inexistant [...]on retiendra la lumineuse analyse de l’éditeur de l’Insurrection qui vient, Eric Hazan.

[...] "Tous les moyens sont bons pour construire l’ennemi intérieur. Construire l’ennemi intérieur, c’est très important pour un pouvoir qui tient en partie la route par l’inflation policière. Il faut justifier l’empilement de lois antiterroristes, qui n’ont plus rien à voir avec le droit. L’ensemble des forces antiterroristes, aujourd’hui, est énorme, avec un outillage technique extrêmement élaboré. Il faut justifier cet appareillage légal et militaire.

L’antiterrorisme n’a rien à voir avec le terrorisme. C’est un mode de gouvernement.[...]Quand on voit dans les gares et les aéroports, les soldats en treillis et en armes, ce n’est évidemment pas destiné à dissuader d’éventuels suppôts de Ben Laden. C’est pour que la présence de gens en armes dans les gares et les aéroports nous paraisse, à nous autres, les braves gens, normale. Parce qu’un jour, ça aura son utilité.

Dans l’affaire qui défraie les journaux en ce moment [les histoires de "sabotage" SNCF et de "mouvances d'ultra-gauche anarcho-autonome"] , comme dans celles qui ont valu les arrestations de jeunes gens fin 2007 et début 2008, où on a trouvé des fumigènes et d’autres substances, la police a construit de toutes pièces le mouvement anarcho-autonome. Il n’existe pas. C’est une pure construction des renseignements généraux, reprise par la presse avec une docilité digne d’éloges. [c'est moi qui graisse]. Avec si peu de fondement qu’en ce qui concerne les jeunes arrêtés début 2008, ils ont été obligés de les relâcher. Ça ne tenait pas la route mais ça préparait le terrain pour ce que nous vivons en ce moment."

Juste une précision: même si les sauvages aux pouvoir (ici, ici, ou encore, liste méchamment non exhaustive) commencent à me les briser menues, je n'ai aucune sympathie particulière pour une insurrection (qui vient ?) qui n'aurait aucun autre but qu'elle-même.
Imaginer vivre dans une guerrilla permanente, jouissive et meurtrière, sans idéal, sans utopie, sans but autre que le feu pour le feu ne me tente pas plus que ça.
D'autant que le bouquin n'est pas franchement bien écrit...

Contrairement à ça:


l'arrache au taquet (en vitesse)

Superbe interview de François Ruffin chez Article 11 dont je vous livre un chouïa. Allez vite la lire en entier, et vous abonner au flux RSS:
"Cet affrontement du capital et du travail est tellement habillé de mots et d’euphémismes que les victimes de la guerre des classes ne voient plus la massue qui s’abat sur elles et se cherchent d’autres responsables. Je cite Patrick Lehingue, professeur de sciences politiques à Amiens, qui explique qu’il « n’y a pas 40 façons, pour les gens, de classer en juste/injuste. Soit c’est le riche contre le pauvre (…), soit c’est le dedans contre le dehors, les Français contre les étrangers, les jeunes contre les vieux ». A partir du moment où la gauche abandonne le conflit principal, celui des classes, ce sont les conflits secondaires qui sont réanimés. Et la droite en joue à merveille, par exemple en opposant à propos de la question des retraites jeunes et vieux, salariés du public contre ceux du privé.
Chronologiquement, cette substitution des responsables se vérifie parfaitement : en 1983 Mitterrand abandonne la dialectique de classe, en 84 Le Pen se taille la vedette à la télé et cartonne à plus de 10% des voix aux élections européennes. Il y a un lien évident de cause à effet : les gens ne se disent plus qu’ils sont au chômage à cause des patrons, mais à cause de l’arabe qui bosse en bas de chez eux…


Également une très belle apologie de la dérégulation sexuelle chez Jean-Pierre Martin:
("Il faudra sans doute abroger la loi sur le harcèlement sexuel votée par la gauche qui freine gravement notre compétitivité. Quant à la dépénalisation du viol, c'est un débat dont la France ne pourra pas s'affranchir.")



La machine à abrutir

Vous connaissez mon amour immodéré pour la télévision.
Si non, allez lire ces vœux.

J'ai repéré cette semaine un chouette article Pierre Jourde dans ce ton dans le Diplo d'août (lien ici) Dont je vous livre quelques croustillances.
Le papier en lui-même n'apporte rien de nouveau, mais la conclusion est d'importance. Il confirme ce que je pense, à savoir que la pollution médiatique est responsable d'une bonne partie de ce qui va mal (voir billet précédent).
L'hygiène impose donc de se séparer de la source principale de la nuisance.




"[...]
Les médias ont su donner des dimensions monstrueuses à l’universel désir de stupidité qui sommeille même au fond de l’intellectuel le plus élitiste. Ce phénomène est capable de détruire une société, de rendre dérisoire tout effort politique. A quoi bon s’échiner à réformer l’école et l’Université ? Le travail éducatif est saccagé par la bêtise médiatique, la bouffonnerie érigée en moyen d’expression, le déferlement des valeurs de l’argent, de l’apparence et de l’individualisme étroit diffusées par la publicité, ultime raison d’être des grands groupes médiatiques. Bouygues envoie Jules Ferry aux oubliettes de l’histoire.

Lorsqu’on les attaque sur l’ineptie de leurs programmes, les marchands de vulgarité répliquent en général deux choses : primo, on ne donne au public que ce qu’il demande ; secundo, ceux qui les critiquent sont des élitistes incapables d’admettre le simple besoin de divertissement.[...] L’industrie médiatique ne se fatigue pas : elle va au plus bas.

[...] Les producteurs de télé-réalité [...], les dirigeants des chaînes privées ne sont pas toujours ou pas seulement des imbéciles. Ce sont aussi des malfaiteurs. On admet qu’une nourriture ou qu’un air viciés puissent être néfastes au corps. Il y a des représentations qui polluent l’esprit.

Si les médias des régimes totalitaires parviennent, dans une certaine mesure, à enchaîner les pensées, ceux du capitalisme triomphant les battent à plate couture. Et tout cela, bien entendu, grâce à la liberté.

[...]
Quelle liberté ? La bêtise médiatique s’universalise. L’esprit tabloïd contamine jusqu’aux quotidiens les plus sérieux. Les médias publics courent après la démagogie des médias privés. Le vide des informations complète la stupidité des divertissements. Car il paraît qu’en plus d’être divertis nous sommes informés.
Informés sur quoi ?
[...] Des guerres rayent de la carte des populations entières dans des pays peu connus. Mais les Français apprennent, grâce à la télévision, qu’un scout a eu une crise d’asthme.
[...]
On interpelle les citoyens dans les embouteillages pour deviner s’ils trouvent ça long. Pendant les canicules pour savoir s’ils trouvent ça chaud. Pendant les vacances pour savoir s’ils sont contents d’être en vacances. Ça, c’est de l’information.
[...]
La bêtise médiatique n’est pas un épiphénomène. Elle conduit une guerre d’anéantissement contre la culture. Il y a beaucoup de combats à mener. Mais, si l’industrie médiatique gagne sa guerre contre l’esprit, tous seront perdus."

à défaut de faire du bien, on peut quand même faire du mal

Une petite interview d'Emmanuel Todd dans Libération du 04 octobre. Dont je vous livre un gros extrait.
Parce qu'il ne faut pas oublier, même si "A Francfort, le Dax, qui perd 7,41%, est tombé en dessous des 5.000 points, barre sous laquelle il n'était plus passé depuis septembre 2005", que nous sommes toujours gouvernés par les mêmes incompétents, qui ont maintenant en plus l'excuse de la crise pour justifier tout et son contraire...
On notera au passage la question-piège "y a-t-il trop d'immigrés en France ?". Merci Libé...

[...] Eric Aeschimann: Comment interprétez-vous le bras de fer du gouvernement avec la Cimade ?

Emmanuel Todd: Il faut revenir à l'équation fondamentale du sarkozysme qui est de taper sur les faibles pour faire oublier qu'on est copain avec les forts. L'irruption du sarkozysme, ça a été la récupération de l'électorat du Front national suivi des avantages fiscaux pour les plus riches. Dix-huit mois après l'élection, il est clair que cette présidence est désastreuse sur tous les fronts économiques, que ce soit la baisse du niveau de vie - [...] ou la hausse du taux de chômage. La tentation est donc grande, pour le sarkozysme, de se ressourcer dans son domaine d'excellence : la désignation de boucs émissaires. Il est vraisemblable que le gouvernement se moque éperdument des résultats concrets, au demeurant tout à fait marginaux, de sa politique d'expulsion de personnes sans papiers. Le but de l'opération apparaît bien plutôt de montrer à l'électorat du Front national qu'on pense à lui et qu'à défaut de faire du bien aux Français, on peut quand même faire du mal aux étrangers en situation irrégulière.

E. A.: Il s'agirait donc d'une politique de provocation délibérée ?

E. T.: Oui, et la manœuvre met d'ailleurs les associations de défense des sans-papiers dans une situation très difficile, parce qu'elle les instrumentalise et tente d'en faire les soutiens involontaires de la politique du gouvernement. Ces associations ont le devoir de défendre les droits des personnes placées dans des centres de rétention, mais, ce faisant, elles servent de caisse de résonance à la stratégie sarkozienne de désignation des plus faibles comme cause fantasmatique des problèmes de la société française. [...]

E. A.: Si Sarkozy a effectivement été élu grâce à son discours anti-immigrés, cela veut-il dire que les Français sont racistes ?

E. T.:C'est là que le problème devient historiquement passionnant. Car je pense que le gouvernement interprète de travers son succès électoral de 2007. Une analyse détaillée révèle en effet que le transfert de l'électorat Front national vers le vote Sarkozy n'a pas concerné de façon homogène les différentes catégories socio-économiques : les commerçants se sont ralliés, oui, mais pas les ouvriers. Ce qui veut dire que la protestation économique est en train de reprendre l'avantage sur l'illusion identitaire.

E. A.: Y a-t-il trop d'immigrés en France ?

E. T.:La France est l'un des pays d'Europe où il y a le moins d'immigration. Savoir si l'on va renvoyer chaque année 25 000, 26 000 ou 27 000 personnes sans papiers, focaliser tous ses efforts sur 1 000 personnes de plus ou de moins, n'a strictement aucun sens par rapport aux problèmes de la société française. En vérité, le vrai défi pour Nicolas Sarkozy sera de justifier son obstination à chasser les sans-papiers au moment où la crise du capitalisme financier mondial, par son ampleur, démontre son incompétence économique et son impuissance à agir. La ficelle va apparaître comme vraiment trop grosse : attaquer la Cimade quand les plus grandes banques font faillite a vraiment quelque chose de pathétique.

La honte et la colère (bis)....

Témoignage de l'interieur du camps de Vincennes.
Source: http://quotidiensanspapiers.free.fr/
Pour mémoire, nous sommes en France, en 2008.

Rien à dire de plus, je vais aller méditer mon dégoût ...
[…] Brigade canine toute la nuit, les chiens aboient tout le temps, ils empêchent ceux qui ont les chambres de ce coté de dormir. Les projecteurs sont braqués sur les gens en permanence, dans le réfectoire et les chambres. Ils sont tellement puissants qu’ils traversent les vitres teintées. La lumière est trop forte pour regarder la télé.

[...]Les douches sont bouchées, les toilettes n’ont jamais été désinfectées, depuis un mois que je suis là. Elles sont pleines à craquer, à tel point qu’il faut parfois les vider dehors.

Si on mange un repas équilibré à midi il faut attendre le lendemain soir pour avoir un autre repas complet. Certains ne mangent que du pain et du lait et du fromage. Il y a eu du riz blanc et du couscous sans sauce. Les musulmans sont obligés de renvoyer leur barquette et de se contenter de pain et de yaourt.

Quand je suis arrivé je pesais 70kg, maintenant 55kg. Un ami est passé de 80kg à 60. La plupart perdent un tiers de leur poids. Les chiens sont comme un CD qui tourne. Cris de chiens ininterrompus toute la journée mais je les vois jamais en face. Les être humains sont utilisés comme des sujets d’expérimentation par l’école de police [qui est contigüe au centre].

[…] Là, deux agents sont en train de m’écouter vous parler, ils disent qu’ils contrôlent les ouvriers qui font les travaux. Ces derniers temps ils avaient infiltré certains prisonniers à qui ils donnent des rations supplémentaires. Il y a un policier en civil qui se fait passer pour un prisonnier. On s’en rend compte parce qu’il rédige tous les soirs un rapport, il sort et rentre comme il veut, il a exceptionnellement un stylo ; il se permet d’acheter quotidiennement les journaux à l’accueil.

[…] Il y trop de bruit, ils nous réveillent a 2h du matin, pour expulser les gens à 4h.
[…]. C’est interdit de ramener des médicaments dans le centre, donc ceux qui sont malades ne peuvent pas le faire. Un diabétique a été amené menotté à l’hôpital. Tout le monde a des boutons sur le corps, des allergies à cause de la nourriture. Les haricots sont déconditionnés de leur boites de conserve et reconditionnés dans des barquettes plastique pour falsifier le date de péremption. Les appels au haut parleur commencent à 6h du matin pour appeler les gens, ce qui réveille tout le monde.

[…] Un marocain qui ne veut pas rentrer au Maroc dit qu’il est algérien, le consulat algérien le reconnaît comme ressortissant algérien. Une fois en Algérie, il se fait emmerder par les flics algériens puis au bout d’un certain temps il est renvoyé en France. »

De bas en haut

Toutes mes excuses pour ma contribution minime des ces derniers jours. Le boulot est assez prenant, et le temps est à la neige, alors les spatules démangent le blogueur, qui est bipède skieur avant tout, et entre autre...
Dans mes cogitations sur les moyens d'action que le citoyen lambda dispose pour construire un monde à SA mesure, je suis tombé sur ce texte de Serges Latouche, datant de Novembre 2005, publié dans le Diplo. Comme d'habitude, la lecture du texte complet est bien plus intéressante que le petit résumé que je peux en faire. Le texte complet, donc, est ici.

"[…] Comment enclencher les cercles vertueux de la décroissance tout en garantissant la justice sociale, sans laquelle l’humanité est condamnée au désordre ?
[…] Il faut […] identifier plus précisément les adversaires d’un programme politique de décroissance, les obstacles à sa mise en œuvre et, finalement, la forme politique que prendrait une société « écocompatible ».

I. Qui sont les « ennemis du peuple » ?
[…] Le capitalisme généralisé ne peut pas ne pas détruire la planète comme il détruit tout ce qui est collectif, les bases imaginaires de la société de marché reposant sur la démesure et sur la domination sans frein.
Une société de décroissance ne peut donc pas se concevoir sans sortir du capitalisme. […]

II. Que faire ? Réforme ou révolution ?
Des mesures simples, voire d’apparence anodine, sont susceptibles d’enclencher les cercles vertueux de la décroissance. Un programme réformiste de transition, tenant en quelques points, consisterait à tirer les conséquences de bon sens du diagnostic effectué.
[…] Le programme d’une politique de décroissance est donc paradoxal, parce que la perspective de mise en œuvre de propositions réalistes et raisonnables a peu de chances d’être adoptée, et moins encore d’aboutir, sans une subversion totale qui passe par la réalisation d’une utopie : la construction d’une société alternative.
Dans tous les cas, d’innombrables et délicats problèmes de transition se poseraient. [...] ce ne sont pas les solutions qui font défaut, mais les conditions de leur adoption.

III. Dictature globale ou démocratie locale ?
La croissance est nécessaire aux démocraties consuméristes car, sans perspective de consommation de masse, les inégalités seraient insupportables [...]Les inégalités ne sont acceptées que provisoirement, parce que l’accès aux biens des privilégiés d’hier se révèle général aujourd’hui et que, demain, ce qui constitue encore le luxe sera accessible à tous.
C’est pourquoi beaucoup doutent des capacités des sociétés dites « démocratiques » à prendre les mesures qui s’imposent, et ne voient d’issue aux contraintes que sous une forme d’écocratie autoritaire : écofascisme ou écototalitarisme. […]
Le pari de la décroissance est tout autre : l’attrait de l’utopie conviviale, combiné avec le poids des contraintes au changement, est susceptible de favoriser une « décolonisation de l’imaginaire » et de susciter suffisamment de comportements vertueux en faveur d’une solution raisonnable : la démocratie écologique locale.
La revitalisation du local constitue, en effet, une voie de décroissance sereine beaucoup plus sûrement qu’une problématique démocratie universelle. […]
Utopie, dira-t-on ? Certes. Mais l’utopie locale est peut-être plus réaliste qu’on ne le croit, car c’est du vécu concret des citoyens que procèdent les attentes et les possibles. « Se présenter aux élections locales, affirme Takis Fotopoulos, donne la possibilité de commencer à changer la société par en bas, ce qui est la seule stratégie démocratique – contrairement aux méthodes étatistes (qui se proposent de changer la société par en haut en s’emparant du pouvoir d’Etat) et aux approches dites de la “société civile” (qui ne visent pas du tout à changer le système) […]. »
[…] Quoi qu’il en soit, la création d’initiatives locales « démocratiques » est plus « réaliste » que celle d’une démocratie mondiale. S’il est exclu de renverser frontalement la domination du capital et des puissances économiques, reste la possibilité d’entrer en dissidence. […] La reconquête ou la réinvention des commons (communaux, biens communs, espace communautaire) et l’auto-organisation […]constituent une illustration possible, […] de la démarche localiste dissidente".


Ce qui confirme ce que je pense depuis un moment: c'est dans l'initiative locale, personnelle, que résident les solutions.
Il n'y a rien à attendre d'en haut, surtout sous le régime actuel. Certes, les initiatives locales seraient facilitées dans un cadre législatif plus favorable, mais l'urgence ne permet pas les ronds de jambes politico-electoraux. Surtout quand la volonté populaire est si ouvertement méprisée et bafouée.
Sans parler de la propagande (officielle et / ou marchande) qui formate tout ce(ux) qui passe(nt) à sa portée. On ne le répétera jamais assez: Il faut agir.

Maintenant.

Une grosse colère

C'est une grosse colère que pique CSP sur ce billet.
Comme (presque) toujours, je suis d'accord avec son analyse, pas avec ses conclusions. Peu importe, voici quelques phrases florilèges:
[...]
Au XXIème siècle, en France, dans un pays riche, puisque contrairement à ce que mentent les libéraux et leurs caniches, nous vivons dans un pays riche et qui s'enrichit de plus en plus, l'existence d'une misère pareille n'est même plus seulement un scandale : c'est bel et bien la démonstration de l'échec d'une idéologie.
Un échec dont le coût humain et social est effrayant. Et dont les résultats mettent très, très, mais alors très en colère...

La précarité, j'ai connu. Et de très près, même. Et il n y a pas de raisons que je ne puisse la connaître à nouveau, puisque comme le montre le docu, ça tient à si peu de choses...
Cette précarité ne tombe pas du ciel, ces emplois merdiques, ces horaires à la con, ces salaires ridicules ne sont pas le fruit du hasard, ou d'une "conjecture" quelconque ; tout ça a procédé de décisions, politiques, économiques, sociales. La précarité n'est pas seulement une forme d'organisation du travail : c'est un projet de société. C'est un choix de civilisation, déterminé par les dominants, afin tout simplement de nous briser. De nous faire taire. Et de nous faire travailler jusqu'à ce que mort s'ensuive.

La précarité n'est pas seulement une façon artificielle de faire baisser les chiffres du chômage en fournissant de la chair à vil prix à un patronat de plus en plus décomplexé : c'est une machine à fabriquer de la peur. À fabriquer de l'insécurité sociale par le chantage permanent qu'elle exerce sur tout le monde. La précarité ne set pas seulement à engraisser les employeurs à moindre coût : c'est un outil de contrôle social. Tais toi. ne dis rien. Ne te plains pas. Travaille. Pour d'autres c'est pire. Si tu n'est pas content, il y'en a des centaines qui attendent.
[...]
Mais ils n'en ont pas encore assez ! Mais ils veulent plus de "réformes" ! D'autant plus brutales que cette caste de bourgeois bien au chaud dans leurs institutions et leurs salles de rédaction n'en sentiront jamais les effets. Pas de précarité pour eux ; ils sont protégés par leur classe sociale, et ils le savent.
[...]
Ma conclusion, comme toujours: battons nous avec nos armes les plus puissantes: notre cerveau et notre porte-monnaie.

On va garder les pavés au chaud pour une occaz'

Durable ?

J'ai déjà parle ici de décroissance, mais jamais de "développement durable", parce que j'ai toujours pensé que ce concept était un pis-aller, une sorte de sésame magique qui permet beaucoup (de bonne conscience) et impose très peu (d'initiatives concrètes et significatives).
Le développement durable, c'est "un développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs". C'est donc très large et très important, et on ne peut pas dire que l'idée soit mauvaise. On peut même allez faire un tour sur Wikipedia pour lire ce qui en est dit...
A ce propos, je viens de lire un texte tiré d'une interview d'Aurelien Bernier dans le magazine CRASH. Le texte complet est ici.
Cette interview met en lumière l'arnaque primitive du concept de développement durable comme l'équilibre entre le social, l'environnement et l'économie. Comme l'économie est leur seul des trois de ces pilier qui ai une force d'action, les deux autres sont -de fait- a son service.
Alors que c'est la hiérarchie exactement inverse qui devrait être observée...

Je vous en livre ici quelques extraits-qui-vont-bien pour vous mettre en appétit et nourrir le dialogue. Le mieux, comme d'habitude, c'est de lire le texte complet.
Dans son acception classique, le développement durable n'est pas du tout contraire aux "lois" néoliberales, et les économistes de tous poils peuvent s'en gargariser la glotte entre deux tranches de croissance et de plu-values. Dans son acception "corrigée" (par Aurelien Bernier), c'est un excellent point de départ aux concepts de décroissance, ou en tout cas de consommation raisonnée et éthique. Bref, à lire et à réfléchir...


"le développement durable restera une décoration offerte aux entreprises tant qu’il ne s’attaquera pas à la mondialisation néolibérale. Encourager les bonnes pratiques sur la base du volontariat sans rien changer aux lois du commerce international relève de l’arnaque pure et simple."

" La croissance est une notion fourre-tout qu’il faut absolument redéfinir. A l’heure actuelle, consommer du pétrole crée de la croissance, et dépolluer les plages après une marée noire également. Nous avons besoin d’autres indicateurs que le seul PIB."

"Le système néo-libéral repose sur une logique finalement très simple : en autorisant les entreprises à produire où elles veulent et à vendre comme elles le veulent, on favorise les pays les plus attractifs pour les firmes, avec le coût du travail le plus faible, les réglementations environnementales les plus laxistes et les régimes fiscaux les moins contraignants. Cette concurrence tire tous les pays vers le bas.[...]Il faut donner la priorité à la satisfaction des besoins sociaux, favoriser les productions locales et les circuits courts, et arrêter la production de biens inutiles qui impactent fortement l’environnement."

"Le consommateur a du poids lorsqu’il consomme puisque c’est lui qui tient en mains le carnet de chèques. Mais le citoyen a un rôle à mon avis encore plus important, car il peut obliger le politique à prendre des décisions de véritable rupture. "

"Un problème de la définition du développement durable est qu’on n’a fait aucune hiérarchie entre le social, l’environnemental et l’économique. Dans la pratique, c’est donc toujours l’économique qui domine, et les entreprises font un peu d’environnement pour donner le change, le social passant à la trappe. Il faut redéfinir le développement durable en mettant des priorités : l’objectif ultime, c’est le bien-être social et rien d’autre. Mais ce bien-être doit devenir transmissible d’une génération à l’autre, et donc la contrainte environnementale doit absolument être prise en compte. Alors, l’économique doit se mettre au service du social et se plier à la contrainte environnementale. Dans ce cas seulement, on peut parler de développement durable."

Les mauvais souvenirs

Dans la série " refaisons vivre les mauvais souvenirs", aujourd'hui, les camps.
Horreurs sans nom du XXème siècle, les camps (re)commencent à faire leur apparition. Ce n'est pas moi qui le dit, mais Olivier Le Cour Grandmaison dans son livre "Le Retour des camps?", et dans un entretient publié sur le contre journal (texte ici).

Quelques extraits, pour vous donner envie d'aller plus loin:

"Le point commun de tous ces lieux, c’est la technique répressive utilisée : l’internement administratif. Il s’agit de priver quelqu’un de sa liberté non sur la base d’un jugement prononcé par un tribunal, mais en vertu d’une décision prise par une autorité administrative. Désormais, nous [...]considérons comme normal le fait d’interner des étrangers en situation irrégulière, en oubliant complètement que lorsque cette technique a été utilisée dans l’Algérie coloniale par exemple, les contemporains la considéraient comme un procédé extraordinaire au regard du droit commun. Nous assistons aujourd’hui à une extraordinaire banalisation."

"Ces camps nient assurément un principe de base : il ne devrait pas être possible de priver quelqu’un de sa liberté en dehors d’un crime et d’un délit dûment jugé par un tribunal compétent ! [c'est moi qui graisse, et c'est valable pour tout le monde, même les "criminels dangereux"] [...]. Un état d’exception permanent est mis en place, à l’intérieur même de l’Etat de droit, conçu par l’Etat de droit"

"Les mêmes qui font grand cas de la préservation de l’unité familiale quand il s’agit de nationaux[...]n’ont aucun scrupule à séparer les parents de leurs enfants, voire à expulser des enfants en violant pour cela une convention internationale ratifiée par la France et certaines dispositions express du Code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile."

"[...]nous assistons à [...] l’avènement d’une xénophobie d’Etat ! Désormais il est assumé au plus haut niveau de l’Etat que l’étranger en situation irrégulière est une source de troubles et de maux. La traque, l’arrestation et l’expulsion deviennent donc une priorité nationale. Des moyens matériels et humains considérables sont engagés à cette fin.Sur son site officiel [ Le ministère de l’immigration, de l’identité nationale de co-développement et de l’intégration], une seule activité est d’ailleurs mise en avant : la traque, l’arrestation et l’expulsion."

"Selon le bon principe qui veut que l’on cache ce que l’on ne peut véritablement tolérer, on procède donc à l’externalisation de ces camps dans des Etats dont les diplomates disent pudiquement qu’ils sont soumis à des «standards» juridiques différents. Très cyniquement, cela signifie qu’il sera possible d’expulser plus facilement les étrangers arrêtés."

En clair et en direct: tout est mis en œuvre pour poursuivre une politique chiffrée d'expulsion, quelles que soient les conditions au sortir du charter. Ce qui compte c'est la traque, l'arrestation sur des motifs administratifs, la rétention (jusqu'à 18 mois !) et l'expulsion, sans procès.
Le plus grave, c'est que tout le monde regarde ailleurs, l'air très occupe à quelque chose (d'autre) de grave en tête. Que les UMPistes suivent comme des chiens dociles la politique de leur patron est une chose.
Mais que la soit-disante opposition "de gauche" (les socialistes, au sens large et centristes) soit complice me fait bouillir.
Comme l'impression de me faire trahir par les miens...
Question d'habitude sans doute...



12 minutes

C'est le temps qu'il faut pour cette vidéo-interview de Vincent Cheynet, du journal La Décroissance.
Dans le contexte politico-financier actuel, il est nécessaires de prendre conscience de la gravité de ce qui se passe, et des moyens (personnels et collectifs) d'éviter le naufrage.


There Is No Alternative !

L'orage qui gronde sur les places financières me donne l'excellent prétexte de republier le premier billet posé sur ce blog.
Il s'agit d'un extrait d'un entretient que Pierre Larrouturou a accordé a Libération le 1er décembre 2007, «L’hyperlibéralisme nous conduit dans le mur» (texte intégral ici).
A nous tous de choisir, maintenant, si l'ont veut rester sur notre confortable Titanic, ou si l'ont veut prendre les chaloupes.
Il n'y a certes sur ces chaloupes, pas de télé, ni même de jouets en plastique rose fabriques en Chine par d'autres enfants (vive la Croissance !). En plus, le rose des plastiques chinois est une offense particulièrement grave au bon goût.
Mais sur ces petites embarcations, il y a les amis, le temps de vivre, de quoi manger et à boire. De quoi vivre, Peut être même une guitare.
La décroissance, c'est ça.
Vivre plus simple pour vivre mieux. Collectivement et individuelement.
Çà vous fait sourire ? Çà vous semble naïf ? Mais la naïveté est le visage de la vérité. C'est pas de moi mais de Victor Hugo...
Le mantra néolibéral "TINA" se retourne contre ses maîtres: There Is No Alternative, que de sauter gaîment dans ces chaloupes de secours... On peut aussi le faire de mauvaise humeur, acide, aigri et chafouin. Outre le fait que ça ne changera pas le problème, l'ambiance à bord est l'affaire de tous...


Lisez attentivement le texte qui suit. Il mérite quelques minutes. Les commentaires [entre crochets] sont de moi.

Liberation: Parler de l’effondrement du système capitaliste comme vous le faites dans votre livre et dire que la crise de 1929 est devant nous, n’est-ce pas exagéré ?
Pierre Larrouturou: Comme le dit l’agroéconomiste Lester Brown, nous sommes sur des «trajectoires d’effondrement». Aucune des tendances actuelles n’est durable. C’est vrai de la crise sociale, de la crise financière et, bien sûr, de la crise écologique. Nous sommes au bout d’un système. Il est urgent de construire une alternative globale.

Vous mettez tous les pays occidentaux dans le même sac…
Il y a quelques différences mais la précarité s’est généralisée dans l’ensemble des pays occidentaux. Au Japon, 32 % des emplois sont précaires. En Allemagne, 6,3 millions de salariés n’ont que des emplois à 400 euros (pour 15 heures par semaine). Aux Etats-Unis, le pays du plein-emploi selon Nicolas Sarkozy, il y a tellement de petits boulots que la durée moyenne du travail, sans compter les chômeurs, est tombée à 33,7 heures. La précarité s’installe partout, et même ceux qui ont un emploi stable sont obligés de revoir à la baisse leurs demandes salariales : «Si t’es pas content, va voir ailleurs», remplace souvent toute vraie négociation. Même le FMI, plutôt libéral, explique, dans son dernier rapport, que la part de la richesse qui va aux salaires a fortement baissé dans tous les pays occidentaux : «La baisse atteint 10 % en Europe et au Japon.»

Est-ce aussi valable pour la France ?
Depuis vingt-cinq ans, en France, la négociation sur les salaires est tellement déséquilibrée que la part des salaires et cotisations sociales dans le produit intérieur brut (PIB) a chuté de 11 %. Onze pour cent de chute sur un PIB de 1 800 milliards, ce sont cette année quelque 200 milliards d’euros qui vont rémunérer le capital, alors qu’ils iraient aux salariés si nous avions conservé l’équilibre de 1982 [soit 600 euros par mois et par actif]. François Fillon dit que, sans réforme, le déficit des retraites sera en 2020 de 1 % du PIB, mais depuis vingt-cinq ans la part des salaires et cotisations a reculé de 11 % du PIB. Bien sûr qu’il faut réformer les retraites, mais l’essentiel est de lutter contre le chômage et la précarité. Si la part des salaires remontait de 6 points, le financement des retraites serait bien plus facile.

Mais la croissance se maintient presque partout…
Au prix d’un endettement sans précédent. Les libéraux passent leur temps à critiquer la dette des Etats. Mais le plus grave c’est sans doute l’envolée de la dette privée, celle des ménages. Dans de nombreux pays, le seul ressort de la croissance est l’endettement des ménages. La crise des crédits subprimes aux Etats-Unis en est une preuve : tout a été imaginé pour pousser les ménages à s’endetter sur des montants incroyablement élevés et sur des périodes extrêmement longues.
Cette crise n’est qu’un début. Aux Etats-Unis, la dette totale des ménages, des entreprises et des collectivités (sans parler du secteur financier) vient de dépasser les 230 % du PIB. En 1929, lors de la dernière grande crise du capitalisme, le même ratio atteignait «seulement» 140 % du PIB. Si on ajoute la dette du secteur financier, la dette atteint 340 % du PIB américain ! Du jamais-vu. Les chiffres sont formels : la croissance européenne, ou américaine, serait négative depuis sept ans si nous n’avions pas fortement augmenté la dette privée.

Le capitalisme ne tiendrait que grâce à l’endettement ?
Oui. Au Japon, aux Etats-Unis, en Nouvelle-Zélande, au Danemark, en Espagne, en Angleterre, dans tous les pays que les libéraux prennent comme modèle, la croissance se maintient grâce à l’endettement privé. En 2006, la dette des Etats-Unis, hors secteur financier, a augmenté huit fois plus vite que le PIB. Si la crise immobilière américaine se répand dans le reste de l’économie, elle ne sera pas sans effets sur l’économie chinoise et donc sur la situation sociale (déjà tendue) de ce pays. Une grande part de sa croissance vient des exportations vers les Etats-Unis et l’Europe. Si les Etats-Unis tombent en récession, qui peut être sûr que ce qui s’est passé en Allemagne dans les années 30 ne se rejouera pas en Chine, avec Taïwan à la place de l’Alsace-Lorraine ? L’hyperlibéralisme peut nous conduire à la catastrophe. Faut-il attendre que la crise explose pour réagir et construire une alternative ?

Faut-il reprendre les modes de régulation des Trente Glorieuses ?
Il faut moderniser les règles proposées par Keynes, Ford et Beveridge. En 1917, Ford, le patron des automobiles du même nom, expliquait qu’il avait doublé la productivité de ses usines, mais qu’il fallait écouler cette production, qu’il fallait donc des consommateurs avec un vrai pouvoir d’achat. Il expliquait aussi qu’en période de crise les patrons veulent tous baisser les salaires. Mais s’ils baissent tous les salaires, qui achètera la production ? Ford plaidait en faveur de règles collectives, de façon à ce que les salaires augmentent en fonction de la productivité. Mais peu de patrons ont suivi ses recommandations. La crise de 1929 s’explique surtout par un découplage entre la productivité et le pouvoir d’achat des travailleurs.
Plus tard, après la Seconde Guerre mondiale, les recommandations de Ford ont été adoptées, notamment en Europe. Les salaires ont progressé au même rythme que la productivité.
La seconde régulation des Trente Glorieuses est celle de Beveridge, avec l’adoption d’un système de sécurité sociale. Keynes nous a appris que lorsque ces deux régulations ne suffisent pas, l’Etat doit intervenir par le biais de sa politique monétaire et/ou de sa politique budgétaire [ce que tente l'administration Bush avec ses 140 milliards de dollars, apparemment sans grand succès].

Vous affirmez que la mondialisation n’est pas responsable du chômage ni non plus de la crise sociale.
Depuis 2002, depuis que la Chine est membre de l’OMC, nul ne peut nier l’importance des importations chinoises en Europe. Je propose que l’Europe négocie avec la Chine des montants compensatoires, pour obliger la Chine à respecter d’ici cinq ans les règles du jeu social et environnemental, qu’elle avait officiellement acceptées avant d’adhérer à l’OMC. Mais pour le moment, le chômage en Europe ne s’explique pas par la concurrence des pays à bas salaires : globalement, hors Europe, la balance commerciale de la France est équilibrée ! Plutôt que la mondialisation, ce sont les gains de productivité qui ont détruit des emplois.
On vit une vraie révolution. La France est le pays qui a le plus augmenté sa productivité. En trente ans, l’économie française produit 76 % de plus avec 10 % de travail en moins. Le total des heures travaillées est passé de 41 milliards d’heures à 36,9 milliards par an. Mais en même temps, grâce au baby-boom et grâce au travail des femmes, la population active passait de 22,3 à 27,2 millions de personnes. Le travail nécessaire à l’économie a baissé de 10 %, mais le nombre de personnes disponibles a augmenté de 23 %. Un écart de 33 % s’est creusé entre l’offre et la demande de travail.

Cet écart serait la principale explication du chômage ?
Oui. Si depuis 1974 la durée individuelle du travail avait baissé de 33 %, le chômage serait resté à son faible niveau de 1974. Or la durée réelle du travail a très peu baissé. Du coup, un partage du travail assez sauvage s’est mis en place : 19 millions travaillent plein pot (à 39 heures, en moyenne, avec les heures sup), 4 millions de personnes – les chômeurs – font 0 heure par semaine, et 4 millions sont à temps partiel.

Au moment où les 35 heures sont décriées [et vont passer a la trappe sous peu], vous plaidez pour la semaine des quatre jours…
Les 35 heures étaient déjà dans le programme commun en 1980. Est-ce un horizon indépassable ? 400 entreprises, de tous secteurs, sont déjà passées à quatre jours, avec un financement qui permet de stabiliser la masse salariale sans toucher aux salaires en dessous de 1 500 euros.
Si tous les salariés passent, en moyenne, à quatre jours et si l’entreprise crée au moins 10 % d’emplois en CDI, elle bénéficie d’une exonération des cotisations chômage qui permet d’équilibrer la masse salariale. Selon une étude du ministère du Travail, un mouvement général vers les quatre jours permettrait de créer 1,6 million d’emplois en CDI. Si l’on divisait par deux le chômage, la négociation sur les salaires aurait une tout autre allure. Si l’UMP et le Medef sont tellement hostiles à une forte RTT, c’est parce que, bien négociée, elle serait, à moyen terme, le moyen le plus puissant de faire remonter les salaires. La gauche devrait être plus claire sur ce point.

Laisser une trace

"Un poète doit laisser des traces de son passage, non des preuves. Seules les traces font rêver."
René Char, La parole en archipel

l’essence du néolibéralisme

Je n'ai aucun bagage ni en économie, ni en sociologie.
Mais je suis un scientifique.
Aussi, quand je vois que les chiffres officiels du chômage (clic) et les chiffres officieux présentent des différences très importantes (voir ici), je m'interroge sur les raisons de cette différence.
Il semble évident que l’intérêt pour le gouvernement est d’avoir un chiffre du chômage le plus bas possible, pour continuer de faire croire qu'il travaille pour le peuple.
Mais il est aussi assez probable que l’intérêt pour les entreprises soit un nombre de travailleurs précaires, à temps partiel, ou de chômeurs le plus élevé possible.
La solution est toute trouvée, en ces temps de décomplexions (bel euphémisme pour décrire le plaisir évident de saccage de la horde au pouvoir.) : le mensonge ! Et un mensonge de taille: entre les 1.9 millions de chômeurs vantés par le gouvernement (qui ne représente qu'une partie des chômeurs) les 3.5 millions de chômeurs "officiels" (source ANPE), les 4.5 millions de personnes inscrites a l'ANPE (source ANPE également), et les x millions de RMistes non inscrits au chômage, de chômeurs radiés, de jeune en difficulté d'insertion etc...on passe facilement de 7.9% à 15% ou 20% de chômeurs au sens large.
De gens qui cherchent à bosser pour bouffer.
De gens prêt à fermer leur gueule face au patron ou au petit chef dans l'espoir que le CDD soit reconduit encore une ou deux fois fois trois mois.
J’ai sorti de leur contexte 4 paragraphes (plus ou moins redecoupés, si si j’ai osé…) d’un texte trop long pour être reproduit ici (2500 mots) de Pierre Bourdieu, publié dans le Monde Diplomatique de Mars 1998 ("Cette utopie en voie de réalisation d’une exploitation sans limite ; l’essence du néolibéralisme")
Comment résumer Bourdieu sans trahir le message ? Le mieux bien sur est de sauter directement sur ce lien pour lire le texte intégral.
Il est bon de garder en tête que ce texte a 10 ans. Ce qui signifie (entre autre) que les messages d’alerte des intellectuels sont à prendre très au sérieux. Ils ont une faculté d'anticipation et d'analyse qui force le respect.
Et surtout qui mérite une écoute attentive.

« Et si [le monde économique ] n’était, en réalité, que la mise en pratique d’une utopie, le néolibéralisme, ainsi convertie en programme politique, mais une utopie qui, avec l’aide de la théorie économique dont elle se réclame, parvient à se penser comme la description scientifique du réel ? »

« [L]e discours néolibéral n’est pas un discours comme les autres. […]. C’est un discours […] si fort et si difficile à combattre […] parce qu’il a pour lui toutes les forces d’un monde de rapports de forces qu’il contribue à faire tel qu’il est […]. [C’est] un programme de destruction méthodique des collectifs […] qui tire sa force sociale de la force politico-économique de ceux dont il exprime les intérêts […] »

« Le fondement ultime de tout cet ordre économique [néolibéral] placé sous le signe de la liberté, est en effet, la violence structurale du chômage, de la précarité et de la menace du licenciement qu’elle implique : la condition du fonctionnement « harmonieux » du modèle micro-économique individualiste est un phénomène de masse, l’existence de l’armée de réserve des chômeurs. »

« Parmi ces collectifs, associations, syndicats, partis, comment ne pas faire une place spéciale à l’Etat, […] capable de contrôler et d’imposer efficacement les profits réalisés sur les marchés financiers et, surtout, de contrecarrer l’action destructrice que ces derniers exercent sur le marché du travail, en organisant, avec l’aide des syndicats, l’élaboration et la défense de l’ intérêt public qui, qu’on le veuille ou non, ne sortira jamais, même au prix de quelque faux en écriture mathématique, de la vision de comptable […] que la nouvelle croyance présente comme la forme suprême de l’accomplissement humain. »

Nouveau parti de la gauche

Une intervention d'Olivier Besancenot du 30 aout 2007.
Si vous n'aimez pas ce que "LCR" veut dire, oubliez-le un moment.
Ecoutez, c'est tellement vrai. C'est la seule voix a gauche qui s'élève en Sarkosie. La vidéo dure 18 minutes, mais ça vaut vraiment le coup d'écouter jusqu'à la fin.

Besancenot : pour un nouveau parti de la gauche radicale
Uploaded by E_varlin

Créer, c'est résister. Résister, c'est créer

L'extrait de texte qui suit (3 paragraphes sur 6) a déjà 4 ans. Il a été repris de-ci de-la par quelques sites ou blogs, mais pas par les médias traditionnels (faute de place, probablement, ou parce que le redac' chef avait piscine).
Il a été rédigé par des hommes et des femmes maintenant âgées qui ont une vie d'engagement et de militantisme derrière elles. Des resistants qui ont connus la Barbarie dans l'un de ses forme moderne la plus sombre, la plus implacable. Ils ont mis leur vie dans leur engagement pour la Liberté. Pour la vie des autres.
Leurs actions passées méritent un respect immense.
Leur point de vue actuel aussi.

Le texte intégral ainsi que la vidéo ici.


Appel à la commémoration du 60e anniversaire du Programme du Conseil national de la Résistance du 15 mars 1944

"Au moment où nous voyons remis en cause le socle des conquêtes sociales de la Libération, nous, vétérans des mouvements de Résistance et des forces combattantes de la France Libre (1940-1945), appelons les jeunes générations à faire vivre et retransmettre l'héritage de la Résistance et ses idéaux toujours actuels de démocratie économique, sociale et culturelle. Soixante ans plus tard, le nazisme est vaincu, grâce au sacrifice de nos frères et sœurs de la Résistance et des nations unies contre la barbarie fasciste. Mais cette menace n'a pas totalement disparu et notre colère contre l'injustice est toujours intacte. Nous appelons, en conscience, à célébrer l'actualité de la Résistance[...]
Nous appelons [...] à une véritable insurrection pacifique contre les moyens de communication de masse qui ne proposent comme horizon pour notre jeunesse que la consommation marchande, le mépris des plus faibles et de la culture, l'amnésie généralisée et la compétition à outrance de tous contre tous. Nous n'acceptons pas que les principaux médias soient désormais contrôlés par des intérêts privés, contrairement au programme du Conseil national de la Résistance et aux ordonnances sur la presse de 1944.
Plus que jamais, à ceux et celles qui feront le siècle qui commence, nous voulons dire avec notre affection :
« Créer, c'est résister. Résister, c'est créer. » "

A qui profite le crime ?

Voici un texte publié sur le blog de Danièle Mitterrand le 23 decembre dernier. Danièle Miterrand n'est pas exactement n'importe qui, et son avis mérite une attention toute particulière...

 


« Le Président Bling Bling » Président de pacotille?


Et si la baisse de considération croissante qui entoure la fonction présidentielle et la politique en général était voulue ?
Voulu le côté ridicule et amateur des interventions du Président que certains ont cru pris de boisson au G8, voulu l’incompétence évidente de certains ministres qui n’ouvrent la bouche que pour dire ce qui sera démenti le lendemain par les faits ou par un autre ministre, voulu l’impréparation des dossiers, voulu le traitement de laquais réservé à Bernard Kouchner, François Fillon et tant d’autres, voulu le côté combat du guignol et du gendarme, voulu les nains et les ballerines qui gravitent dans cette cour qui s’apparente plus à une cour des miracles qu’à un gouvernement, voulu ces discours remplis d’approximations et de fanfaronnades, voulu le Disneyland et la Staracadémisation politique…
Voulu par qui ?
A qui profite le crime?
A ce monde des affaires qui se croit le seul monde, à ces intérêts financiers qui pensent que le débat politique n’est qu’un jeu abandonné au peuple pour l’amuser pendant que les gens sérieux s’occupent à se partager le monde. Ce monde des affaires qui traite les citoyens comme des ressources humaines ou des clients-gogo, pille la planète, amasse des fortunes qui faussent le jeu économique, trompe le fisc, viole les règles démocratiques, licencie et délocalise ?
L’oligarchie financière contre la politique et contre la volonté du peuple, voici où nous en sommes. Un éternel retour ?
Nous citoyens qui pensons avoir le droit de décider pour et par nous-mêmes, que deviendrons-nous ? Dindons de cette farce, victimes et complices consentants ? Laisserons-nous la politique être dirigée par des patrons qui ne répondent que devant leurs actionnaires… avec leur avocat comme Président.
Faudra t-il réagir comme ont réagi nos ancêtres,quand vraiment la coupe était pleine, ou trouverons nous une réponse pacifique au «ya basta »,« ras le bol »,« nunca mas »,«nia prou »,« mushkila »…


Dictature

Voici un texte posté sur le blog Sarkonomerci le lendemain du discours de Sarkozy du 22 avril 2007. 

Il me semble indispensable de (re)prendre conscience des inquiétudes qui étaient légitimes. Qui étaient même visionnaire.

Qui flanquait la chair de poule, mais qu’on pensait exagéré. Et qui se révèlent être, après 7 mois de règne tout a fait d’actualité.

Et si ça flanque toujours la chair de poule, l’exagération parait bien lointaine, on est en plein dedans.

Eteignez votre télé, prenez votre souffle et entrez en résistance.

Que vous soyen en France, en Suisse ou ailleurs, agissez, maintenant.

 

"Quand Sarkozy place l'Etat nation au-dessus de la République

"Vive la République et, par dessus tout, Vive la France !".

C'est ainsi que Nicolas Sarkozy a conclu son allocution [du 22/04/2007]. Cette proclamation de la supériorité de l'idée de l'Etat nation sur celle de République est tout sauf anodine. A elle seule, elle met en évidence le peu de conscience républicaine d'un candidat à la présidence de la... République et, de fait, le danger que représenterait pour la République une élection du candidat de l'UMP.

Rappelons qu'une république est une forme de gouvernement d'un Etat ou d'un pays dont la souveraineté est détenue par le consentement populaire et dans lequel le chef d'Etat est élu par le peuple.

Rappelons aussi que la République Française est le nom officiel de la France, de son Etat et de son régime politique. Elle est l'héritage de la révolution française depuis la proclamation de la première République en 1792.

Rappelons enfin qu'il n'y eut depuis lors que trois périodes durant laquelle la France cessa d'être une République :
- entre 1799 et 1848 : après le coup d'Etat du 18 brumaire, Napoléon Bonaparte devint Premier Consul, puis Empereur, avant que ne soit restaurée la Monarchie :
- entre 1852 et 1870 : après le coup d'Etat du 2 décembre 1851, Louis-Napoleon Bonaparte instaura le 2nd Empire ;
- entre 1940 et 1945 : sous le régime de Vichy du Maréchal Pétain, la France abandonna le terme de République française en faveur de celui d'Etat français. Les instances politiques mises en place par Charles de Gaulle à Alger ont rétabli l'emploi du siggle "RF" et son comité Français de Libération Nationale a pris en juin 1944 le nom de "Gouvernement provisoire de la République Française".

En plaçant la France en tant que telle au-dessus de la République, Nicolas Sarkozy ne peut mieux laisser entendre que d'avantage que Président de la République, il aspire avant tout à devenir chef de l'Etat - monarque, empereur ou petit père de la Nation, cela reste encore à voir, mais l'on comprend qu'au gré des circonstances et des crises, il saurait faire son choix, fût-ce au détriment de la République, c'est-à-dire de ce consentement populaire souverain.

On ne dit pas ici que Nicolas Sarkozy aspire à la dictature, il saurait évidemment se contenter d'être président de la République. On prétend que ce sont les crises et la fragilité des convictions républicaines d'un dirigeant politique qui portent en elles les germes de la dictature, ou du moins de l'abus de pouvoir jusqu'à sa confiscation. On dit ici que la conscience républicaine d'un Sarkozy pourrait rapidement se trouver balayée par le souffle des évènements (révolte des quartiers difficiles, terrorisme international...). On dit qu'un homme qui s'est montré prêt à tout pour parvenir au pouvoir pourrait bien céder sur les principes républicains pour le conserver, au détriment du peuple et de sa souveraineté.

Quand on ajoute à cela son flirt outrancier avec l'extrême droite, sa propension à la démagogie et au populisme, son penchant pour la stigmatisation et les amalgames, sa vision communautariste de la Nation, sa conception des libertés individuelles en général et de la liberté de la presse en particulier, son instabilité mentale, sa tendance à l'emportement et ses affinités avec les thèses eugénistes, on se dit que beaucoup trop d'éléments sont réunis en un seul et même homme pour ne pas craindre ce qui, les circonstances faisant office de catalyseur, pourrait advenir s'il venait à obtenir ce pouvoir qu'il ambitionne, et ce avec tant de détermination qu'elle semble parfois confiner à l'obsession.

L'évidence est qu'il existe un faisceau de présomptions dont chacune recèle en elle-même le risque d'une dérive vers une forme de dictature. Et si le pire n'est jamais certain, l'Histoire mondiale est là pour rappeler à nos mémoires qu'il est des risques qu'un peuple ne devrait jamais prendre. […]"


Rhétorique

Je suis tombé sur un article de Dedalus (son site)  sur Agoravox (article complet ici) qui date d'avant l'election de Zébulon. Il me semble bon de (re)jeter un oeil sur le decorticage qui avait été fait de la rhétorique de ses discours. C'est toujours (plus que jamais) d'actualité.

"Sarkozy : déconstruction d’une rhétorique

 
[…] Inutile de nier que Sarkozy soit un tribun d’exception. C’est même ce qui le rend si dangereux, cette capacité à si bien maquiller ses véritables intentions que non seulement elles en deviennent attractives, mais semblent comme expurgées de leur vraie nature et des menaces qu’elles font en réalité peser sur ceux-là mêmes qui, de bonne foi, se laissent séduire.

Pourtant, la mécanique est toute simple, et c’est cette simplicité même qui rend le discours si redoutable, tellement efficace. Voyons comment cela fonctionne.

1- Il y a deux catégories de Français : c’est la base du discours de M. Sarkozy, toujours opposer deux France, l’une mauvaise et fantasmée qu’il faut stigmatiser, l’autre bonne qu’il faut aider à prospérer.

2- Vous faites partie des gentils : c’est la deuxième phase : l’auditoire doit être convaincu qu’il est dans le camp à qui l’on va faire du bien.

3- Les uns (les méchants) mangent sur le dos des autres (les gentils) : tout ce qui ne va pas pour vous vient de l’existence de l’autre qui vous fait du mal.

4- "Je n’accepte pas" les agissements des méchants (ils profitent de vous) : si je suis élu, je saurai être ferme (M. Sarkozy dit beaucoup qu’il "n’accepte pas" ; on remarquera qu’il prend bien garde de ne pas être plus précis).

5- "Je veux" privilégier les gentils (ils sont méritants) : il y aura des privilèges et c’est à vous que je les réserve, puisque vous faites partie du camp des gentils - je suis de votre côté, votez pour moi.

CQFD

Le raisonnement de M. Sarkozy est on ne peut plus évident : pour chacun d’entre nous, le méchant, c’est l’autre - c’est bien humain. Il suffit donc de déclamer avec force et emphase qu’on fera une politique favorisant les gentils et sera intraitable avec les méchants, pour que tout le monde applaudisse.

[…] La démagogie est l’art de plaire au peuple. Le but est que le peuple nous veuille du bien (nous donne son suffrage). Ça ne signifie pas qu’on veuille du bien au peuple, et bien au contraire."


Pubs et neurosciences

Je vous livre ici de longs extraits d'un article du Monde Diplomatique  sur les liens entre neurosciences et publicité. A méditer entre la météo et le tirage du loto...


"Scanner les cerveaux pour mieux vendre


[…]En octobre 1919, la légende raconte que […] Lénine, aurait rendu visite au physiologiste Ivan Pavlov pour savoir en quoi ses travaux sur les réflexes conditionnés pouvaient contribuer à la conception de l’« homme nouveau » que les bolcheviks s’employaient alors à façonner. Le savant aurait pu servir la propagande du régime en associant, par voie de stimuli extérieurs, des pulsions instinctives à des automatismes de transformation collective. Pavlov ne fut en réalité d’aucun secours aux bolcheviks, mais cette anecdote, vraie ou fausse, illustre un fantasme qui a habité le XXe siècle : celui d’une prise de possession des esprits par la manipulation de l’inconscient. Ce qui permettrait de venir à bout de toutes les résistances que le simple usage de la raison critique peut entraîner. Depuis, une propagande est jugée efficace quand elle comprend qu’un message est d’autant mieux assimilé que son récepteur est psychologiquement conditionné à l’ingérer – et à le faire sien.

Les sociétés démocratiques ont banni de leur langue commune ce mot de « propagande », assigné aux seuls régimes totalitaires. Pourtant, l’exploration du cerveau à des fins mercantiles et la manipulation des masses qui en découle montrent que la société de consommation n’en est pas si éloignée. On se souvient de la fameuse phrase de M. Patrick Le Lay, président de TF1, qui admettait en 2004 que sa chaîne cherchait à vendre à Coca-Cola du « temps de cerveau humain disponible ». Le choix de cette marque […] ne doit rien au hasard. A l’été 2003, Read Montague, un neurologue de l’université de médecine Baylor, à Houston, a mis en évidence que, si un test gustatif à l’aveugle était plus favorable au concurrent Pepsi, il en allait autrement sitôt que la boisson se voyait clairement identifiée comme étant du Coca-Cola. Les participants à l’expérience déclaraient alors préférer le soda aux couleurs rouge et blanc.

La démonstration fut ainsi faite de la supériorité de la marque considérée comme un as du branding, cette technique qui vise à décliner un logotype sur un maximum de supports[...]. Pour établir la connexion entre l’image de la marque et la stimulation du cerveau, le scientifique a eu recours à [...] l’imagerie à résonance magnétique (IRM). En suivant l’activité cérébrale de ses patients, Montague a observé que la région précise du cerveau qui était sollicitée à la vue d’une marque […] faisait appel à la mémoire et jouait un rôle important dans les processus cognitifs. A l’inverse, le test gustatif à l’aveugle impliquait l’aire cérébrale […] liée à la notion de plaisir. [...].


Désir sexuel et pulsion d’achat

[…]La fameuse région-clé du neuromarketing est […] associée à l’image de soi et à la connaissance intime que l’on a de soi-même […] Comme l’explique Annette Schäfer, dans la revue Cerveau & Psycho, « voici donc le moteur du commerce. Ce cortex préfrontal nous fait aimer ce qu’aiment les autres. Arriver à le stimuler pourrait donc être un objectif majeur d’une parfaite campagne publicitaire ». C’est aussi, pour les « neuromarketers », l’or blanc d’une alchimie parfaite : l’opération qui consiste à transformer tout amour de soi en tant que soi – le narcissisme – en amour de soi en tant qu’autre : une cible publicitaire.

[…] En 2003,[…] DaimlerChrysler, a confié au centre hospitalier d’Ulm, en Allemagne, le soin de scanner les cerveaux d’une douzaine d’hommes visionnant des images de voitures haut de gamme. C’est alors l’importance d[‘une], zone liée au sentiment de récompense, [...] est apparue. Il en est ressorti que l’objet de consommation peut être assimilé à un objet de désir à travers un véritable processus de personnification. […] Les publicitaires y ont vu la confirmation d’une intuition : il faut renforcer dans les spots la corrélation instinctive entre désir sexuel et pulsion d’achat.

[…]C’est ce contexte « émotionnel »[…] que TF1 cherche à élaborer à travers ses programmes. En novembre 2003 encore, la chaîne faisait paraître dans la presse spécialisée une annonce vantant ses tunnels publicitaires où figurait un cerveau entouré d’une bande-vidéo accompagnée d’un commentaire éloquent : « Un écran placé au milieu d’un programme de TF1 obtient 23 % de mémorisation supplémentaire. » Le neurologue Bernard Croisile, […], rappelle que «[…] lorsqu’on est dans une situation émotionnellement positive, on va mieux retenir les éléments positifs, de même que les dépressifs vont mieux assimiler les informations négatives». Il s’agit donc d’offrir au téléspectateur sa dose d’émotion plaisante, avant un spectacle de divertissement pur ou après un journal télévisé où l’emporte la charge émotionnelle de l’expérience vécue, plutôt que la trame « déprimante » d’un discours critique.

[…]La connaissance intime du cerveau du consommateur ne peut qu’inciter les entreprises, et leurs mandants publicitaires, à déborder des espaces qui leur sont habituellement dévolus pour communiquer. Les conditions de réceptivité d’une marque sont en effet jugées d’autant plus optimales que la « cible » n’a pas vraiment conscience d’être visée.[…]


Marie Bénilde


travailler plus pour gagner moins

Encore un exemple de désinformation-manipulation:

«On» fait croire que la remise en cause des 35 heures permettra aux français de gagner plus, et de relancer la sacro-sainte croissance. L’arnaque est complète.

Non seulement les salaires ne vont pas augmenter, mais il n’y a aucune raison que ces mesurent puissent lutter contre le chômage et la précarité des temps partiels imposés.

Gérard Filoche, Inspecteur du travail et rédacteur en chef de democratie & socialisme sait de quoi il parle; je vous livre ici de longs extraits de son point de vue (le texte complet se trouve sur l'excelent blog de Slovar )

Sans les 35 h les salaires baisseraient...

Et à Continental, contrairement à ce que toute la presse, écrit, les 35 h ne peuvent légalement pas être remises en cause ! La loi est la loi pour tous, y compris à Continental ! Ce que fait Continental c’est de baisser le salaire horaire de 3 % environ (c’est moi qui souligne) pour neutraliser le coût des heures supplémentaires entre 35 et 40 h.

Tout le monde est aux 35 h dans le salariat. Elles sont générales. C’est une loi d’ordre public social. Il n’y a pas un salarié de ce pays qui ne dépend pas des 35 h. […]
La remise en cause des 35 h aurait pour effet de faire disparaître les heures supplémentaires donc de diminuer les majorations de salaires qui leur sont liées. […]
L’entreprise Continental contrairement à ce qu’écrit à tort toute la presse, ne peut revenir sur les 35 h et “passer aux 40 h”. C’est impossible, les patrons qui présentent les choses ainsi et les journaux mentent. […]

C’est fantastique que dans ce pays, on soit si mal informé, ou plutôt qu’on soit désinformé à ce point ! Il s’agit d’un cas délibéré de baisse du salaire et de baisse du taux des heures supplémentaires (d’environ 3 %) , pas d’un cas de remise en cause des 35 h !
On peut défendre les 35 h et hausser les salaires, les caisses ne sont pas vides !

Grâce aux 35 h contrairement à tout ce qui est dit, en l’an 2000, non seulement il y a eu entre 350 000 et 450 000 emplois crées (la fourchette est large mais reconnue par tous) mais il y a eu aussi une augmentation de la masse salariale globale. Pas des salaires nominaux, et cela a manqué ! Mais le “gel” des salaires n’a été le fait que de 2 à 3% des accords signés à l’époque (1998-2002), on ne peut l’imputer à la réduction de la durée du travail encore moins à l’acceptation des syndicats. Cela a été le fait de la “guerre contre les 35 h” déclarée par le Medef : c’est encore le patronat qui a fait du chantage aux salaires de 2002 à aujourd’hui alors que ses profits se sont envolés ! (Les entreprises du CAC 40 ont gagné 57 milliards de profits en 2003, 66 milliards en 2004, 87 milliards en 2005, 100 Milliards en 2006 et sans doue davantage en 2007).

Que l’on ne nous dise pas que les caisses sont vides, la “cagnotte privée” n’a jamais été aussi pleine, les 500 familles françaises les plus riches ont gagné 80 milliards d’euros de plus en 2006 qu’en 2005, c’est là qu’il faut prendre l’argent, imposez les sociétés et les grandes fortunes, faire payer les 500 familles, il y a de l’argent pour les salaires a reverser !

La remise en cause des 35 h […] ne résoudra pas le problème de l’écart croissant entre les prix et les salaires. Il ne résoudra pas l’exigence grandissante d’une meilleure répartition des richesses produites par les salariés.
[…]

Gérard Filoche, mercredi 19 décembre 2007