Romandie.com
 
Créer un blog | Noter ce blog | Signaler un abus
 
| Autre blog ? >>  

Si ça continue ça va pas durer

Humain !

samedi 25, soir.

Hier, le temps pourri a continué, avec pour seul passe-temps le bruit des gouttes sur la toile de tente. Nous sommes quand même sorti un moment l'après midi pour nous dérouiller les jambes: Nous avons d'abord traversé à sec (sur de la vieille glace), là où la veille il y avait un gros torrent et un petit lac, puis un gros sérac s'est détaché du glacier pour tomber dans le lac dans un grand fracas. Ensuite, un passage un peu délicat entre les crevasses, qui ont changé de disposition en trois jour, le tout sous une pluie battante, m'ont mis un bon coup au moral, petit coup de blues version "j'veux rentrer à la maison" et à compter les jours qui restent, dans cet environnement où rien n'est stable, rien n'est pérenne, et où la gravité fait la loi.

Mais aujourd'hui, et en vertu du dicton local "fog on the ice, weather will be nice", c'est une tempête de ciel bleu qui se déchaine sur nos têtes, me valant l'un des réveils les plus hallucinant de ma vie. des montagnes nouvelles, qui nous étaient jusqu'alors caché dans les nuages nous sont apparues, énormes, dantesques, somptueuses, démentes, incroyables, les adjectifs manquent cruellement pour décrire ces bijoux de pure folie, ces construction improbables de glace et de rocs, verticales pures, arrêtes tranchant le regard.
Après une bonne série d'image et un petit dej' à l'extérieur des tentes, le premier depuis que nous sommes là, nous avons ensuite fait une longue marche vers le sud, une bonne vingtaine de kilomètres, en rive droite du glacier. Nous nous sommes donc rapproché encore un peu plus de cette ridge fabuleuse pour -entre autre- un pic-nic- plus que spectaculaire. Breathtaking, comme on dit en anglosaxonie !

Ce soir les corps sont fatigués, les yeux sont pleins de beauté et de gros nuages lenticulaires nous annoncent des lendemains plus humides. Qu'importe ?
Nous avons vu.

Je me suis imprégné, loin de notre camp dérisoire, de cette vue, de cette force qui gronde en permanence de quelque chute de bloc ou de glace, de torrents et de fleuves de glace, qui vit à son rythme inexorable, et parfaitement indifférent à nos petites personnes. Nous sommes dans le même cadre sauvage, grandiose et effrayant que les premiers alpins qui remontèrent les vallées au rythme de la fonte des glaciers et du comblement des lacs, il y a 10000 ans.
Je me sens ici extraordinairement humain.

: J'ai un peu trainé pour joindre les images au texte. Je m'en excuse et les voila. Mais aucune image, surtout dans ce format ridicule, ne peut rendre compte de l'Immensité de ces montagnes...
















De l'art de perdre du temps sous la pluie

Vendredi 24, (petit) matin

La journée d'hier a été une belle journée, toujours sous la pluie la plupart du temps, une petite pluie fine, et un peu de neige, qui a grossi dans la soirée. Nous avons fait une bonne marche vers le sud, quelques kilomètres seulement, qui nous a pris 6 ou 7 heures quand même.
Avec cette pluie, il faut développer un art de perdre du temps: surtout ne pas manger trop tôt, surtout ne faire qu'une chose à la fois, et lentement, sous peine de se retrouver désœuvré bien avant d'avoir envie de dormir. La nuit d'hier s'est finie vers 4 heures du matin, laissant plusieurs longues heures de demi-sommeil agité et impatient avant de pouvoir commencer la journée. Cette nuit a été meilleure, il doit maintenant être pas loin de 7 heures. Il pleut toujours, et les quelques éclaircies que nous avons eu hier soir doivent être sur d'autres montagnes maintenant... Le temps est bouché, et l'intérieur de la tente est aussi petit que l'extérieur est immense.

Hier je suis monté seul sur quelques centaines de mètres sur une arrête de gros rochers mal équilibrés. La perspective était saisissante, entre le glacier à gauche, en bas, et tentes, tout en bas, loin, très loin, minuscules, ridicules et dérisoires sweet homes perdues au milieu de cette sauvagerie calme. Les montagnes ici touchent le ciel, et le ciel crache les glaciers en retour. Nous sommes ici pour 8 jours encore, inévitablement, et quoi qu'il se passe.








Premières journées de travail

Jeudi 23

La première nuit s'est bien passée, sous une fine pluie continue, comme si l'endroit nous souhaitait la bienvenue à sa manière un peu froide. Nous avons pu hier profiter du foen, ce vent qui s'assèche au passage du relief, pour rester au sec jusqu'en milieu d'après midi, pour remonter le glacier vers le Sud. Nous nous sommes arrêtés à cause de la pluie dans un minuscule Eden de fleurs, coincé entre deux langues glaciaires larges comme des fleuves. Le temps s'est alors franchement gâté, et la pluie n'a plus discontinué. Difficile de trouver le confort dans une tente qui ne permet qu'à peine de se tenir assis, courbé, autrement qu'allongé. Position certes idéale pour dormir, mais un poil lassante au bout de 16 heures.

Le camp est placé entre deux glaciers, à un endroit qui était encore sous 40 mètres de glace lors de la levée des cartes, une trentaine d'années en arrière. Un lac de 3 km de long rejoint maintenant les deux glaciers, qui lâchent des falaises de glaces à intervalles réguliers.

Hier entre les nuages, nous avons très brièvement deviné les énormes pics qui barrent l'horizon sud. Leur altitude doit être en 3000 et 4000m, et leur face nord apparaissent comme des ogres mythiques, allégories de montagnes. Sous ces quatre horizons, le matériel embarqué ici (et les yeux qui le portent) est comme sanctifié. Cette nuit, doudoune et bonnet de rigueur dans le sac.
Il ne neige pourtant pas.










l'Absolu !

Mardi 21 (suite)

Il y aura un avant aujourd'hui et un après, dans ma vie. Le vol d'une heure de puis le lodge jusqu'à Fan Glacier m'a montré l'Absolu Naturel de manière presque indécente, puisque des airs. J'ai compris ce que pouvait être une immensité sauvage. Pas comme depuis un Airbus, en survolant la Sibérie ou le désert de Gobi, mais en frôlant les crêtes, les séracs, en pénétrant dans les vallées.
Les glaciers sont des monstres qui tombent du ciel, les moraines des murailles en décomposition et les crevasses des gouffres bleutés, sans fond. Le moindre pic ici fait passer un classique alpin pour une vulgaire colline. j'exagère, mais c'est vraiment le sentiment que je ressent. Les faces, les couloirs, les sommets sont innombrables, sans nom pour la grande majorité.
Les avions, deux petits Supercub nous ont posé sur le glacier, entre les crevasses, après un quart d'heure de recherche d'une zone adaptés à un atterrissage. Notre pilote - et son fils- sont parmi les seul au monde à se poser sur la glace avec des pneus, frissons garantis... content de toucher la glace avec mes pieds...

Nous prenons la moitié de nos affaires et marchons une bonne heure pour sortir du glacier puis trouver un endroit acceptable pour camper. De petites zones sableuses un peu en amont d'un lac coincé entre les glaces sera parfait pour passer une dizaine de jours. Nous retournons ensuite chercher les vivres sur le glacier, là oú l'avions a atterri. La marche est facile, sans crampons, la glace est recouverte d'une couche de sable fin qui accroche bien, et les crevasses à cet endroits sont longues mais fines, facilement enjambable.

Le temps est pluvieux, mais le paysage à couper le souffle passe par dessus tout. Combien d'humains ont vu ce lac, dans lequel s'écroulent des séracs de 20 mètres ? Combien ont vu cette montagne mystique qui nous est apparu 3 minutes, entre les nuages, plus haute que toutes les autre, pharaonique et glaciale ?

Nous allons rester 10 jours ici. Normalement largement de quoi faire du bon boulot, et en plus ramener une belle série d'image. Images auxquelles il manquera toujours l'échelle pour rendre compte de l'énormité de ce que je suis en train de vivre ici.











premières impression backcountry...

Mardi 21/07

Nous sommes arrivé hier soir au lodge après 6 heures de route d'abord très spectaculaire (glaciers, gorges, immensités vierges...), puis très ennuyeuse (une sorte de foret de tuyas, toute plate, marécageuse et sans fin), puis une grosse demi-heure de vol (ni route ni chemin ne vient se perdre jusqu'ici). Le lodge est un endroit absolument magique, au bord d'une rivière géante qui divague librement dans la vallée, large de plus de 6km.

Un grand confort (bon, nous on est sous la tente, mais on mange dans le salon), ambiance peau d'ours au sol, bois de moose au mur, wifi et écran plasma à coté de la baie vitrée géante qui donne sur la rivière et les montagnes, le tout alimenté par une grosse génératrice au fioul. La bouffe est (très) bonne, les gens sympa, quoique fortement créationniste. Ne PAS parler politique ou religion, m'avais prévenu mon collègue autrichien. Par contre on peut parler montagne, pas de problème...
Le vol d'hier était vraiment spectaculaire, avec en plus un grand incendie qui court entre les rivières et les montagnes depuis un mois, et qui ne s'éteindra qu'en octobre...
En tout cas un bon aperçu de ce que "montagne" veut dire (avec éventuellement les adjectifs "grands" ou "grandiose" devant). Pas une trace humaine, rien de rien, que de la nature brute, totalement vierge. Un régal pour les yeux, pour le cœur et pour le cerveau.

La nuit sous la tente a été bonne, mais le sommeil est difficilement profond avec cette lumière qui ne fini jamais. Je me suis levé pour pisser vers 3 heures, sans lampe et sans problème... On part en début d'après midi sur le premier camp sur Fan Glacier; la météo devrait être assez bonne, en tout cas ici (et maintenant) il fait beau. On part pour 10 jours, les sacs sont prêts, et je vais aller me laver au sauna rustique (wood stove) avant de partir...









Anchorage, toujours...

Lundi 20/07
Hier journée de food-shoping hier dans un « Carrs » sorte de Carrefour géant. D'entrée, l'odeur m'a rappelé le « Safeway » de Boulder, ils doivent utiliser le même parfum appétant. En fait, techniquement, c'est la même chaîne, donc j'ai eu le nez creux.
La limousine F350 blanche de 12 mètres garée devant les portes nous rappelle que certain se gavent comme des porcs jusqu'au bout du monde (le gros building « ConocoPhilips », la boite qui exploite le pétrole local m'avait déjà mis sur la piste avant hier...) pendant que d'autre survivent dans des quartiers entiers de mobile-home délabrés, isolés au papier à cigarettes...

Comme nous ne sommes là ni pour faire de la politique, ni un reportage social, nous avons fini la journée à bouffer un steak de caribou (présenté comme un vulgaire cheeseburger, au goût correct sans être mythique), arrosé d'une bière locale, en compagnie de collègues locaux. La bière est un moyen beaucoup plus sur que le vin de découvrir un pays; une bière ne sera jamais imbuvable, sauf exception. Celle d'hier, une Sleeping Lady Stout était même franchement agréable, remarquablement onctueuse et légère pour une noire.

Deuxième nuit sur un des lits fatigué de l'Anchorage International Hostel, sous des fenêtres qui ferment mal et qui donnent directement sur quelques feet d'une herbe rare, sensée nous séparer du feulement sourd des V8, bêtes puissantes et assoiffée qui passent toute la nuit au dessus de nous.

Aujourd'hui, direction le-petit-bled paumé à 8 heure de route (Chitina, population 123 habitants, aux portes du Wrangler StElias National Park and Preserve), puis une heure d'avion pour le lodge, situé sur les bords de la Chitina River. Nous partirons sur le terrain, en montagne, normalement demain, si le temps le permet.







Premier jour en Alaska

Comme promis, je vais suivre avec un mois de décalage un petit journal pour un gros trip. Premier épisode insignifiant, daté du samedi 18 juillet :

Dans l'avion, entre Frankfurt et Anchorage, une grande majorité d'hommes, une bonne partie entre 50 et 60, petite moustache et veste de pêcheur. Des germanophones pour la plupart, qui viennent taquiner le saumon ou l'élan entre hommes. Dans l'avion, il y a incroyablement peu de femmes. Ou alors des grosses dames suantes, habillées de couleur criardes, qui rentrent à la maison. Pas de doutes, j'ai beau partir loin au nord, parti pour me retrouver plus isolé que jamais, c'est bien aux USA que je vais atterrir. en attendant, on survole le Groenland et la Terre de Bafin, et la vue sur les glaciers immaculés coulant sur un désert absolu, les fjords géants et l'inlandsis en décomposition, puis du Mont McKinley occupent mes yeux plus efficacement que les films indigents qui sont sensé nous divertir.

L'accueil strict et faussement cordial de la « Homeland Security » est tempéré par les dames de l'Information Center,qui me « prêtent » même $1.75 pour prendre le bus. Je rembourserai dans 3 semaines. On me précise aussi tous les endroits où je peux manger, des fois que les logos des fast food ou des chinois ne seraient pas assez gros... C'est très important de manger.

Dans le bus, des dingues et des paumés à foison, et derrière les vitres, des énormes pick-up trucks partout, un tissus urbain des plus lâche, et tous les gros détails qui font tous les bleds d'Amérique avec peut être un peu plus de "native people" ici qu'ailleurs...
L'auberge, la Youth Hostel miteuse, est perdu dans l'ombre du Mariott *** (si l'on peut parler d'ombre sous un ciel qui chiale), et est peuplée d'un vaste melting pot, des chinois, des russes, des allemands et des ricains. Ça grouille, ya du monde, des pêcheurs, des montagnards, et un peu de tout, les langues s'entremêlent, un vieux joue d'une petite gratte des mélodies toutes simples, c'est agréable... Aucune porte, aucun casier ne ferme à clé. Je vais rester 2 jours ici à attendre mes collègues et 3 heures pour avoir ma chambre.

Je vais casser un grain au pub le plus proche, en laissant mon précieux bardage (tente, duvet...) au destin. Le pub est typiquement ricain, et à en croire la liste de bière proposées, la taille de la salle, le nombre d'écrans au mur, et la rapidité des serveuses, ce pub doit être une place incontournable ici. Après une bière ambrée locale quelconque, un « old ffashioned cheesburger » (quelconque lui aussi) et une « moose tooth IPA » délicieuse, je rentre titubant à l'auberge. Ces bières blondes fortes et amères (les Indian Pale Ale) me rappellen nostalgiquement les 2 ans passé à Boulder, mais les 26 heures de veilles et les 9% d'alcool me troublent le neurone. Qu'importe ? Il est 19h heure locale, et je vais m'écrouler comme un ours. Même pas à attendre qu'il fasse nuit, ça n'arrivera pas avant un mois de toute façon...







De retour sur terre...

Me voila de retour (plus ou moins) les pieds sur terre, profitant de la chaleur de cette fin d'été.
Le voyage que je viens de faire est sans discussion le trip le plus lointain que j'ai fait. Dans tous les sens du terme.
Je vais essayer de faire le journal ici, avec un décalage horaire d'un mois (mais en pseudo-temps-réel) , le compte rendu en texte et en image de cette aventure.
Je me préoccuperai ensuite probablement beaucoup moins de politique, enfin on verra... Sinon, merci aux conseils de lectures du mois dernier. Après avoir acheté l'anthologie de Nicolas Bouvier, je me suis rabattu pour cause de poids sur plusieurs poches: Moulin de Pologne de Giono, 1984 d'Orwel, Tropique du Cancer de Miller, Le désert de Tartares, de Buzzatti, puis le Diplo depuis Frankfurt.

Une petite image pour vous mettre en appétit, pour une bonne tranche de Nature sauvage, blanche, pentue et déserte.
Vraiment déserte...


Brouillard sur Fan Glacier