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Si ça continue ça va pas durer

Sale et barbu

(Désolé pour le long silence. Je n'était pas au fond d'une crevasse, mais je change de boulot, d'ordinateur et de maison ces temps-ci...)

Mercredi 5, soir.

Encore une grosse journée aujourd'hui. Réveil la tête dans le sac avec le soleil, puis looong tour vers le sud. Il a commencé de pleuvoir après manger, alors que nous contemplions le Bagley, toujours lui. Je suis allé plus loin que je peensais être capable. Saute-crevasse a continué, et les numéros de funambule sur les ponts de neige aussi. Curieusement, les faux pas au dessus des trous ne m'ont pas donné le shoot d'adrénaline que j'appréhendais. On s'habitue à tout, et ce trip est tellement fort émotionnellement que je suis comme à saturation, presqu'insensible. Je rêve énormément, pas des cauchemars comme je le craignais, mais des rêves compliqués et longs qui me laissent crevé au réveil.

Je suis sale, barbu, les yeux rouges, les mains écorchées, les muscles endoloris et plus saillants que d'habitude. Je suis aussi très fatigué, et bronzé des mains et de la face. Paul, le pilote, vient nous chercher demain normalement. On verra en fonction de la météo...







Enorme

Mardi 4, soir.

La dernière nuit a été glaciale malgré la doudoune, le bonnet et tout le reste. réveil sous le bleu, le soleil réchauffe tout très rapidement. Grosse et loooongue journée à ski vers le nord, les pieds et le dos sont en compote, fatigué de marcher, fatigué de porter ces lourdes caillasses, fatigué de jouer à saute-crevasse sur des ponts de neige hasardeux. Pas franchement de peur en passant sur ses gouffres bleus et noirs, qui semblent sans fond, mais plutôt un grand sentiment de déplaisir, de gêne.

Nous sommes probablement les premiers à toucher ces cailloux, à voir cette vue, à dormir ici. Paul, le pilote ne s'était jamais posé dans le coin avant. et il est le seul à voler dans les parages... Personne n'est jamais venu ici !!! Nous sommes les premiers et les derniers avant longtemps.
D'ici, nous voyons le St Elias, monstre de presque 4km de verticale, étrangement étiré dans la hauteur, 1500 mètres plus grand que ses proches voisins, et qui domine le Bagley ice field, ogre glaciaire sans début ni fin, qui déborde littéralement des montagnes, ne laissant apparaitre que quelques rides rocheuses, quelque nunatak qui casse la monotonie de cet amazone de glace.

Énorme est l'adjectif le plus facilement utilisable pour décrire cette nature, mais il est furieusement et définitivement réducteur.







Pas de purgatoire en Alaska

Lundi 3, soir...

Voila quatres jours que je ne suis pas intervenus sur ces pages. Le 31, l'avion nous a extrait de Fan Glacier, dans le (presque) brouillard. Une petite heure d'attente seulement, même pas sous la pluie, après une heure de portage brutal, probablement plus de 35 kg. Trois aller-et retours avec le petit avion ont été nécessaire jusqu'à Oasis Valley (une zone sableuse entre deux glaciers, Fan et Bremner), puis retour au lodge en Cessna .
Sauna tiède et grosse bouffe.
Le lendemain, glande intensive et arrivée de notre quatrième collègue le soir.
Hier, bonne balade autour du lodge, dans la forêt.

Ce matin, décollage avec le gros avion vers le Bagley ice field, le plus gros glacier américain. Je n'avais vu ici que les collines de l'Alaska. Ici sont les montagnes ! Installation du camps, puis boulot à proximité à pied, sur de la bonne neige d'été.
Puis, eneaurme, ski, ski !, ski en Alaska, le rêve de toute une vie, des automnes entier à coller les pages des magazines pour se préparer mentalement, fantasme de tout skieur, skier en Alaska. Un 3 aout !
Sur une pente tranquille, à l'est du camps, une première fois sur une superbe neige d'été, une seconde fois sur la même, mais regelée. Et puis le sommet, avec une vue inédite pour moi dans la catégorie monstrueuse. Simplement pas de mots. Petit pic sans nom, probablement une première d'ailleurs, qui nous a offert un panorama impressionnant, à 360°. Pas assez de mots pour décrire le St elias et sa face de 3500m de pure verticale, le Bagley ice field, duquel n'émerge que quelques nunataks, quelques rides bouffées par la glace, les vallées pleine jusqu'à la gueule de cette glace omniprésente. Pas de moraines ! Le niveau des glaces semble ici être le même que pendant la dernière glaciation.
Cette vue !
Cette vue !!! Malgré la température glaciale ce soir, je ne troquerai cette journée contre aucune autre. La montagne est ici beaucoup plus calme que 1000m plus bas. Pas ou peu de séracs qui se détachent, de la neige recouvre tout, pas de moraine instable, pas d'eau qui coule, quelques éboulis seulement, de temps à autre. Bien sur, le grand beau temps -rare ici- y est pour quelque chose dans cette impression de calme et de sérénité. Le même endroit dans une gentille tempête doit ressembler de très près à l'Enfer. Mais aujourd'hui j'étais au Paradis.
Pas de purgatoire en Alaska.




















(...INTERLUDE...)

On me demande, ci ou là pour quoi avoir grillé plusieurs tonnes de CO2 pour aller taper du cailloux à l'autre bout du monde, en des contrées mal desservies par les transports publics, et aux USA de surcroit, chez la mère Palin...
Je vais tenter une explication rapide et simple:

Quand une chaîne de montagne se forme, sous l'effet de la convergence entre deux plaques tectoniques, la croûte se déforme, se plisse, se casse et certaines parties sont entrainées en profondeur, puis remonté à la surface sous l'effet conjugué de l'érosion et de la tectonique.

Dans le cas des Chugach-St Elias (ce nom ne vous dit rien ? Ces montagnes sont pourtant 10 fois grandes comme les Alpes. Une localisation ici), la deux choses sont intéressantes (sans compter les grizzlis):

1) la présence d'une zone de roche qui a été métamorphisé à haute pression ("Chugach metamorphic core complex" dans le texte), donc à grande profondeur, et qui est remonté rapidement. En étudiant les assemblages de minéraux dans les roches, on peut cartographier la structure de cette unité et comprendre quand et comment la chaîne de montagne s'est crée.
2) Dans cette chaîne de montagne, il y a de beaux et grands glaciers, qui érodent très vite. Il y a aussi un énorme contraste climatique: au sud de la chaîne, du coté de Valdez, il tombe l'équivalent de 5 mètres d'eau par an (contre 0.5m-1.5m chez vous, émoi), alors qu'au nord du coté de Chitina, il tombe bien moins d'1 m. Les glaciers sont donc beaucoup plus développé au sud, et érodent donc plus vite. Cet énorme contraste climatique est suspecté d'être à l'origine de la grande différence d'âge (un ordre de grandeur) de refroidissement entre le nord et le sud *. Si l'on parvient à démontrer que cette différence de vitesse d'exhumation est due au climat, on peut quantifier le couplage entre atmosphère, érosion et tectonique. Et l'air de rien, c'est un des gros challenge en géosciences en ce moment. Une révolution presque aussi grosse que la découverte de la tectonique des plaques il y a 40 ans.

Voila pourquoi, donc. Promis, demain je remet des photos !


* Ages de refroidissement par (U-Th)/He sur apatites, soit 70°-100°C pour les intimes

Dernier jour sur Fan Glacier !

Jeudi 30, soir.

Nous avons hier sous un ciel splendide pris des risques inutiles entre ébouli vif et (très) raide, et tête de pierrier fuyant. Pas de bobo, mais une bonne dose d'adrénaline. Hier soir, peut être est-ce lié, je me suis endormi moins sereinement que les autres soirs, en pensant à l'éphémère situation de notre camps, entre deux glaciers, trois lacs et autant de torrents. Cette inquiétude sourde m'avait tenu au ventre les premiers soirs, puis avait disparu. En pleine nuit, bien plus fort que les chutes de séracs et de blocs auxquels nous avions fini par nous habituer, l'énorme coup de canon d'un bloc de glace dans le lac a réveillé tout le monde en sursaut.
Et si la vague crée montait jusqu'aux tentes ? Et si... ?
Pas le moindre risque objectif pour nous, mais difficile de se rendormir...
Aujourd'hui, les yeux collés, nous sommes parti vers le nord avec tous nos échantillons, plus de 60kg de cailloux que nous avons déposé près de la landing zone, en prévision de la levée du camp, demain. Nous avons poursuivi vers le nord en direction de la langue terminal du glacier, marchant sur des tapis de myrtillers et autres arbustes nains, les premier depuis dix jours, les premiers moustiques aussi, nombreux et gros comme le poing. Au moins.
Un dernier long retour vers le camps, pour un dernier soir ici, improbable home, indispensable abri, petite maison de toile...
Nous sommes sales, nous sommes fatigué, nous sommes heureux. Je suis plein d'énergie, cette immensité sauvage que nous avons effleuré de long (20km) en large (6km) m'a donné beaucoup plus que ce que j'attendais. J'attendais du visuel qui épate, j'ai eu en plus, dans la durée, l'infinie désinvolture de ces montagnes à notre égard. J'ai eu, je l'ai déjà dis, l'impression de fouler une terre vierge, de toucher des roches neuves, de me régénérer moi-même...






Du lourd dans les jambes...

Mardi 28, soir.

Grosse grosse journée hier dans la moraine gauche du Fan Glacier. six heures pour quatre kilomètres, à mi chemin entre le funambulisme et le sport de combat dans des blocs instables, énormes. Ils bougeaient rien que de les regarder, de penser à eux, ces gros pavés de plusieurs quintaux. Se casser une jambe là dedans, à plusieurs heures de marche du camps, et à plusieurs jours d'attente de l'avion n'est absolument une option viable. Ambiance de grande concentration donc, entrecoupée de jurons à faire pâlir les ours.
Le retour par la surface du glacier a été bien plus facile en comparaison, bien que les crevasses aient bougées depuis que nous sommes là, et que nous avons du retrouver un nouveau chemin pour le camps.
Bilan de la journée pour moi: une bonne paire de douleurs tendineuses, façon Achille, qui m'a bien fait dégusté aujourd'hui. Nous sommes retourné en rive droite amont, devant un tableau idyllique de séracs, de glaciers, de pics, d'arêtes, de couloirs, de corniches, d'avalanches et de faces nord gargantuesques, gavées de neige et de glace.

Bonne grosse fatigue ce soir, il est 21 heures, les paupières et les jambes sont lourdes....














De la tectonique des plaques (sentiment concret)

Dimanche 26, soir

Une pluie battante s'est abattue cette nuit sur nos tentes, après une magnifique série de nuages lenticulaires et autres piles d'assiettes sur les sommets. Nous sommes donc resté ce matin au lit jusqu'à 11 heures avant de jouer au cartes et de faire une promenade vers l'ouest, sur le glacier qui est à l'autre bout du lac, de quoi faire quelques images que j'espère honnêtes.
Le temps ce soir est redevenu sec et froid. Voila une semaine que je dors avec doudoune, bonnet, pantalon thermique et chaussettes, bien que je ne soit pas frileux (mon duvet a un peu d'âge, par contre)...
Nous nous lavons les dents dans la plus grande salle de bain du monde, eau froide à tous les étages. Les grondements sourds des seracs et de blocs qui au loin tombent régulièrement nous rappellent que ce n'est pas une vrai salle de bain, avec simplement une tapisserie murale "montagne". Nous sommes à la fois dans l'idée de montagne, dans le sens ou les montagnes alentours sont idéales (même si la plupart des sommets ne portent pas de nom), et bien loin de la simple idée de montagne, car plus concrètes que jamais, de glaces et de rocs, d'eau et de sable, soumises à une force nettement dominante, la gravité, visiblement.
Autant dire que ce qui pousse derrière est bien costaud.














Humain !

samedi 25, soir.

Hier, le temps pourri a continué, avec pour seul passe-temps le bruit des gouttes sur la toile de tente. Nous sommes quand même sorti un moment l'après midi pour nous dérouiller les jambes: Nous avons d'abord traversé à sec (sur de la vieille glace), là où la veille il y avait un gros torrent et un petit lac, puis un gros sérac s'est détaché du glacier pour tomber dans le lac dans un grand fracas. Ensuite, un passage un peu délicat entre les crevasses, qui ont changé de disposition en trois jour, le tout sous une pluie battante, m'ont mis un bon coup au moral, petit coup de blues version "j'veux rentrer à la maison" et à compter les jours qui restent, dans cet environnement où rien n'est stable, rien n'est pérenne, et où la gravité fait la loi.

Mais aujourd'hui, et en vertu du dicton local "fog on the ice, weather will be nice", c'est une tempête de ciel bleu qui se déchaine sur nos têtes, me valant l'un des réveils les plus hallucinant de ma vie. des montagnes nouvelles, qui nous étaient jusqu'alors caché dans les nuages nous sont apparues, énormes, dantesques, somptueuses, démentes, incroyables, les adjectifs manquent cruellement pour décrire ces bijoux de pure folie, ces construction improbables de glace et de rocs, verticales pures, arrêtes tranchant le regard.
Après une bonne série d'image et un petit dej' à l'extérieur des tentes, le premier depuis que nous sommes là, nous avons ensuite fait une longue marche vers le sud, une bonne vingtaine de kilomètres, en rive droite du glacier. Nous nous sommes donc rapproché encore un peu plus de cette ridge fabuleuse pour -entre autre- un pic-nic- plus que spectaculaire. Breathtaking, comme on dit en anglosaxonie !

Ce soir les corps sont fatigués, les yeux sont pleins de beauté et de gros nuages lenticulaires nous annoncent des lendemains plus humides. Qu'importe ?
Nous avons vu.

Je me suis imprégné, loin de notre camp dérisoire, de cette vue, de cette force qui gronde en permanence de quelque chute de bloc ou de glace, de torrents et de fleuves de glace, qui vit à son rythme inexorable, et parfaitement indifférent à nos petites personnes. Nous sommes dans le même cadre sauvage, grandiose et effrayant que les premiers alpins qui remontèrent les vallées au rythme de la fonte des glaciers et du comblement des lacs, il y a 10000 ans.
Je me sens ici extraordinairement humain.

: J'ai un peu trainé pour joindre les images au texte. Je m'en excuse et les voila. Mais aucune image, surtout dans ce format ridicule, ne peut rendre compte de l'Immensité de ces montagnes...
















De l'art de perdre du temps sous la pluie

Vendredi 24, (petit) matin

La journée d'hier a été une belle journée, toujours sous la pluie la plupart du temps, une petite pluie fine, et un peu de neige, qui a grossi dans la soirée. Nous avons fait une bonne marche vers le sud, quelques kilomètres seulement, qui nous a pris 6 ou 7 heures quand même.
Avec cette pluie, il faut développer un art de perdre du temps: surtout ne pas manger trop tôt, surtout ne faire qu'une chose à la fois, et lentement, sous peine de se retrouver désœuvré bien avant d'avoir envie de dormir. La nuit d'hier s'est finie vers 4 heures du matin, laissant plusieurs longues heures de demi-sommeil agité et impatient avant de pouvoir commencer la journée. Cette nuit a été meilleure, il doit maintenant être pas loin de 7 heures. Il pleut toujours, et les quelques éclaircies que nous avons eu hier soir doivent être sur d'autres montagnes maintenant... Le temps est bouché, et l'intérieur de la tente est aussi petit que l'extérieur est immense.

Hier je suis monté seul sur quelques centaines de mètres sur une arrête de gros rochers mal équilibrés. La perspective était saisissante, entre le glacier à gauche, en bas, et tentes, tout en bas, loin, très loin, minuscules, ridicules et dérisoires sweet homes perdues au milieu de cette sauvagerie calme. Les montagnes ici touchent le ciel, et le ciel crache les glaciers en retour. Nous sommes ici pour 8 jours encore, inévitablement, et quoi qu'il se passe.








Premières journées de travail

Jeudi 23

La première nuit s'est bien passée, sous une fine pluie continue, comme si l'endroit nous souhaitait la bienvenue à sa manière un peu froide. Nous avons pu hier profiter du foen, ce vent qui s'assèche au passage du relief, pour rester au sec jusqu'en milieu d'après midi, pour remonter le glacier vers le Sud. Nous nous sommes arrêtés à cause de la pluie dans un minuscule Eden de fleurs, coincé entre deux langues glaciaires larges comme des fleuves. Le temps s'est alors franchement gâté, et la pluie n'a plus discontinué. Difficile de trouver le confort dans une tente qui ne permet qu'à peine de se tenir assis, courbé, autrement qu'allongé. Position certes idéale pour dormir, mais un poil lassante au bout de 16 heures.

Le camp est placé entre deux glaciers, à un endroit qui était encore sous 40 mètres de glace lors de la levée des cartes, une trentaine d'années en arrière. Un lac de 3 km de long rejoint maintenant les deux glaciers, qui lâchent des falaises de glaces à intervalles réguliers.

Hier entre les nuages, nous avons très brièvement deviné les énormes pics qui barrent l'horizon sud. Leur altitude doit être en 3000 et 4000m, et leur face nord apparaissent comme des ogres mythiques, allégories de montagnes. Sous ces quatre horizons, le matériel embarqué ici (et les yeux qui le portent) est comme sanctifié. Cette nuit, doudoune et bonnet de rigueur dans le sac.
Il ne neige pourtant pas.










l'Absolu !

Mardi 21 (suite)

Il y aura un avant aujourd'hui et un après, dans ma vie. Le vol d'une heure de puis le lodge jusqu'à Fan Glacier m'a montré l'Absolu Naturel de manière presque indécente, puisque des airs. J'ai compris ce que pouvait être une immensité sauvage. Pas comme depuis un Airbus, en survolant la Sibérie ou le désert de Gobi, mais en frôlant les crêtes, les séracs, en pénétrant dans les vallées.
Les glaciers sont des monstres qui tombent du ciel, les moraines des murailles en décomposition et les crevasses des gouffres bleutés, sans fond. Le moindre pic ici fait passer un classique alpin pour une vulgaire colline. j'exagère, mais c'est vraiment le sentiment que je ressent. Les faces, les couloirs, les sommets sont innombrables, sans nom pour la grande majorité.
Les avions, deux petits Supercub nous ont posé sur le glacier, entre les crevasses, après un quart d'heure de recherche d'une zone adaptés à un atterrissage. Notre pilote - et son fils- sont parmi les seul au monde à se poser sur la glace avec des pneus, frissons garantis... content de toucher la glace avec mes pieds...

Nous prenons la moitié de nos affaires et marchons une bonne heure pour sortir du glacier puis trouver un endroit acceptable pour camper. De petites zones sableuses un peu en amont d'un lac coincé entre les glaces sera parfait pour passer une dizaine de jours. Nous retournons ensuite chercher les vivres sur le glacier, là oú l'avions a atterri. La marche est facile, sans crampons, la glace est recouverte d'une couche de sable fin qui accroche bien, et les crevasses à cet endroits sont longues mais fines, facilement enjambable.

Le temps est pluvieux, mais le paysage à couper le souffle passe par dessus tout. Combien d'humains ont vu ce lac, dans lequel s'écroulent des séracs de 20 mètres ? Combien ont vu cette montagne mystique qui nous est apparu 3 minutes, entre les nuages, plus haute que toutes les autre, pharaonique et glaciale ?

Nous allons rester 10 jours ici. Normalement largement de quoi faire du bon boulot, et en plus ramener une belle série d'image. Images auxquelles il manquera toujours l'échelle pour rendre compte de l'énormité de ce que je suis en train de vivre ici.











premières impression backcountry...

Mardi 21/07

Nous sommes arrivé hier soir au lodge après 6 heures de route d'abord très spectaculaire (glaciers, gorges, immensités vierges...), puis très ennuyeuse (une sorte de foret de tuyas, toute plate, marécageuse et sans fin), puis une grosse demi-heure de vol (ni route ni chemin ne vient se perdre jusqu'ici). Le lodge est un endroit absolument magique, au bord d'une rivière géante qui divague librement dans la vallée, large de plus de 6km.

Un grand confort (bon, nous on est sous la tente, mais on mange dans le salon), ambiance peau d'ours au sol, bois de moose au mur, wifi et écran plasma à coté de la baie vitrée géante qui donne sur la rivière et les montagnes, le tout alimenté par une grosse génératrice au fioul. La bouffe est (très) bonne, les gens sympa, quoique fortement créationniste. Ne PAS parler politique ou religion, m'avais prévenu mon collègue autrichien. Par contre on peut parler montagne, pas de problème...
Le vol d'hier était vraiment spectaculaire, avec en plus un grand incendie qui court entre les rivières et les montagnes depuis un mois, et qui ne s'éteindra qu'en octobre...
En tout cas un bon aperçu de ce que "montagne" veut dire (avec éventuellement les adjectifs "grands" ou "grandiose" devant). Pas une trace humaine, rien de rien, que de la nature brute, totalement vierge. Un régal pour les yeux, pour le cœur et pour le cerveau.

La nuit sous la tente a été bonne, mais le sommeil est difficilement profond avec cette lumière qui ne fini jamais. Je me suis levé pour pisser vers 3 heures, sans lampe et sans problème... On part en début d'après midi sur le premier camp sur Fan Glacier; la météo devrait être assez bonne, en tout cas ici (et maintenant) il fait beau. On part pour 10 jours, les sacs sont prêts, et je vais aller me laver au sauna rustique (wood stove) avant de partir...









Anchorage, toujours...

Lundi 20/07
Hier journée de food-shoping hier dans un « Carrs » sorte de Carrefour géant. D'entrée, l'odeur m'a rappelé le « Safeway » de Boulder, ils doivent utiliser le même parfum appétant. En fait, techniquement, c'est la même chaîne, donc j'ai eu le nez creux.
La limousine F350 blanche de 12 mètres garée devant les portes nous rappelle que certain se gavent comme des porcs jusqu'au bout du monde (le gros building « ConocoPhilips », la boite qui exploite le pétrole local m'avait déjà mis sur la piste avant hier...) pendant que d'autre survivent dans des quartiers entiers de mobile-home délabrés, isolés au papier à cigarettes...

Comme nous ne sommes là ni pour faire de la politique, ni un reportage social, nous avons fini la journée à bouffer un steak de caribou (présenté comme un vulgaire cheeseburger, au goût correct sans être mythique), arrosé d'une bière locale, en compagnie de collègues locaux. La bière est un moyen beaucoup plus sur que le vin de découvrir un pays; une bière ne sera jamais imbuvable, sauf exception. Celle d'hier, une Sleeping Lady Stout était même franchement agréable, remarquablement onctueuse et légère pour une noire.

Deuxième nuit sur un des lits fatigué de l'Anchorage International Hostel, sous des fenêtres qui ferment mal et qui donnent directement sur quelques feet d'une herbe rare, sensée nous séparer du feulement sourd des V8, bêtes puissantes et assoiffée qui passent toute la nuit au dessus de nous.

Aujourd'hui, direction le-petit-bled paumé à 8 heure de route (Chitina, population 123 habitants, aux portes du Wrangler StElias National Park and Preserve), puis une heure d'avion pour le lodge, situé sur les bords de la Chitina River. Nous partirons sur le terrain, en montagne, normalement demain, si le temps le permet.







Premier jour en Alaska

Comme promis, je vais suivre avec un mois de décalage un petit journal pour un gros trip. Premier épisode insignifiant, daté du samedi 18 juillet :

Dans l'avion, entre Frankfurt et Anchorage, une grande majorité d'hommes, une bonne partie entre 50 et 60, petite moustache et veste de pêcheur. Des germanophones pour la plupart, qui viennent taquiner le saumon ou l'élan entre hommes. Dans l'avion, il y a incroyablement peu de femmes. Ou alors des grosses dames suantes, habillées de couleur criardes, qui rentrent à la maison. Pas de doutes, j'ai beau partir loin au nord, parti pour me retrouver plus isolé que jamais, c'est bien aux USA que je vais atterrir. en attendant, on survole le Groenland et la Terre de Bafin, et la vue sur les glaciers immaculés coulant sur un désert absolu, les fjords géants et l'inlandsis en décomposition, puis du Mont McKinley occupent mes yeux plus efficacement que les films indigents qui sont sensé nous divertir.

L'accueil strict et faussement cordial de la « Homeland Security » est tempéré par les dames de l'Information Center,qui me « prêtent » même $1.75 pour prendre le bus. Je rembourserai dans 3 semaines. On me précise aussi tous les endroits où je peux manger, des fois que les logos des fast food ou des chinois ne seraient pas assez gros... C'est très important de manger.

Dans le bus, des dingues et des paumés à foison, et derrière les vitres, des énormes pick-up trucks partout, un tissus urbain des plus lâche, et tous les gros détails qui font tous les bleds d'Amérique avec peut être un peu plus de "native people" ici qu'ailleurs...
L'auberge, la Youth Hostel miteuse, est perdu dans l'ombre du Mariott *** (si l'on peut parler d'ombre sous un ciel qui chiale), et est peuplée d'un vaste melting pot, des chinois, des russes, des allemands et des ricains. Ça grouille, ya du monde, des pêcheurs, des montagnards, et un peu de tout, les langues s'entremêlent, un vieux joue d'une petite gratte des mélodies toutes simples, c'est agréable... Aucune porte, aucun casier ne ferme à clé. Je vais rester 2 jours ici à attendre mes collègues et 3 heures pour avoir ma chambre.

Je vais casser un grain au pub le plus proche, en laissant mon précieux bardage (tente, duvet...) au destin. Le pub est typiquement ricain, et à en croire la liste de bière proposées, la taille de la salle, le nombre d'écrans au mur, et la rapidité des serveuses, ce pub doit être une place incontournable ici. Après une bière ambrée locale quelconque, un « old ffashioned cheesburger » (quelconque lui aussi) et une « moose tooth IPA » délicieuse, je rentre titubant à l'auberge. Ces bières blondes fortes et amères (les Indian Pale Ale) me rappellen nostalgiquement les 2 ans passé à Boulder, mais les 26 heures de veilles et les 9% d'alcool me troublent le neurone. Qu'importe ? Il est 19h heure locale, et je vais m'écrouler comme un ours. Même pas à attendre qu'il fasse nuit, ça n'arrivera pas avant un mois de toute façon...







De retour sur terre...

Me voila de retour (plus ou moins) les pieds sur terre, profitant de la chaleur de cette fin d'été.
Le voyage que je viens de faire est sans discussion le trip le plus lointain que j'ai fait. Dans tous les sens du terme.
Je vais essayer de faire le journal ici, avec un décalage horaire d'un mois (mais en pseudo-temps-réel) , le compte rendu en texte et en image de cette aventure.
Je me préoccuperai ensuite probablement beaucoup moins de politique, enfin on verra... Sinon, merci aux conseils de lectures du mois dernier. Après avoir acheté l'anthologie de Nicolas Bouvier, je me suis rabattu pour cause de poids sur plusieurs poches: Moulin de Pologne de Giono, 1984 d'Orwel, Tropique du Cancer de Miller, Le désert de Tartares, de Buzzatti, puis le Diplo depuis Frankfurt.

Une petite image pour vous mettre en appétit, pour une bonne tranche de Nature sauvage, blanche, pentue et déserte.
Vraiment déserte...


Brouillard sur Fan Glacier

A l'Aide !

Je part cet été pour un trip professionnel d'un petit mois dans une contrée isolée *, froide et montagneuse.
Le genre d'endroit ou les librairies sont plus rares que les armureries, et où les ours sont plus cultivés que les sénatrices.

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Le genre d'endroit où la tente est ta seule option si le temps se met au vinaigre.

En bref, un endroit où il faut un putain de bon bouquin, surtout que les nuits estivales sont (très) courtes. Un bouquin passionnant, palpitant, dense, intelligent, un essai limpide ou un roman vibrant, une chronique vivante ou un truc encyclopédique...
En plus, il faut qu'il soit écrit petit sur du papier fin, avec des marges ridicules, les sacs à dos étant ce qu'ils sont **.
Si vous avez dans vos souvenirs un bouquin comme ça, vous me sauvez de l'ennui.

J'ai pour l'instant, et en présélection "Le roi absent" de Moetai Brotherson, "l'élégance du hérisson" de Muriel Barbery, "Le poisson-scorpion" de Nicolas Bouvier, "Citadelle" de St Exupery, la trilogie de Pan, de Giono, "Autobiographie d'un Yogi" de Paramahansa Yogananda...
J'ai aussi un faible pour la collection "Bouquins" de Laffont, d'un excellent rapport "poids/intelligence" :-)

* Très isolé. Les grand espaces du Colorado à coté, c'est Tokyo les heures de pointe. Et je ne te parle même pas de cette ridicule chaîne de montagne so-called "Les Alpes"...
** A dos, donc.

Karachi & Sarkozy

A la suite du précédent billet, courrez lire l'excellent dossier sur l'affaire de l'attentat de Karachi chez Plume de Presse.

Beau travail d'investigation et de recoupement, en trois actes (, , et ).

Et surtout, faites passer l'info. Les médias (qui mentent) n'en parlent pas, le couvercle va sans aucun doute se refermer sur l'histoire.
Par contre, si buzz il y a, quelques journaleux un peu plus couillus pourrait se risquer à un papier. C'est du lourd...

Peut être ...

Le Mensonge

Je sais pas vous, pour ceux qui ont des enfants, mais avec les miens, leurs petits mensonges sont toujours très facile à détecter (je ne me fait aucune illusion, ça ne va pas durer).

Il ne me semble jamais avoir posé une vidéo de NS (maudit soit son nom) sur ce forum.
Pourtant, ses mensonges éhontés à répétition auraient mérité qu'on approfondisse la question de la mythomanie.

Dans ce cas précis (les attentats de Karachi), NS (maudit soit son nom) réagit exactement comme un enfant en train de bafouiller son mensonge.
Chez moi, ça se traduit par deux punitions: une pour la bêtise, l'autre pour le mensonge. Sans préjuger d'une réparation de la bêtise, si c'est possible.

Dans le cas des morts de Karachi, je crains que la bêtise ne soit pas réparable, les morts le resteront, probablement.
Reste les punitions.

Les punitions ?
Je suis très curieux de voir comment cette Affaire d'État va faire pchhhhht avant de s'éteindre comme le premier pétard mouillé venu.
EDIT: Celui qui me donne le nombre de fautes de français gagne un an d'abonnement à Si ça continue, ça va pas durer" .
"C'est grotesque, voila, c'est ma réponse". Le chef de l'Etat n'a pas voulu commenter sur le fond les informations attribuant l'attentat en 2002 contre des salariés de la DCN à la suspension du versement de commissions de la France au Pakistan dans le cadre d'une vente d'armes.

"[...]
Fais pas la tête Elisabeth.
Il me fallait des cigarettes
Un miroir aux alouettes
Et puis j'ai acheté du fil blanc
Ainsi qu'des salades et du flan.
Tu vas t'imaginer des choses.
Regarde, j'ai apport des roses.
Si un mensonge les intoxique
Que je sois transformé en bique.
[...]"
Thomas Fersen, Elisabeth, album "4".


EDIT2:
Allez, pour la bonne bouche, je vous met aussi le verbatim de la vidéo:

"C'était pas la peine de vous mettre à ma droite pour parler de ça, franchement. Enfin écoutez c'est ridicule. Franchement, Monsieur, franchement c'est ridicule. Pas vous, hein, je me permettrais pas, je vous respecte mais enfin écoutez. Soit il y a des éléments, donnez-les nous. (Balbutiements). C'est grotesque, voilà, c'est ma réponse. Alors qu'est-ce que vous voulez que je vous dise. Raisonnement: Pour son financement Monsieur Balladur aurait accepté des commissions qui n'auraient pas été payées ensuite et ça a donné Karachi… Mais enfin, respectons la douleur des victimes. S'il vous plaît mais qui peut croire à une fable pareille. Qui peut croire à une fable pareille. Et puis si vous avez des éléments donnez-le à la justice et demandez à la justice qu'ils enquêtent. Mais enfin franchement qu'est-ce que vous voulez que je réponde là-dessus. Mais, honnêtement, qu'est-ce que vous voulez que je réponde là-dessus. Y a 14 ans, de surcroît. On est dans un monde où tout se sait, où la notion de secret d'Etat n'existe plus. 14 ans après vous venez me poser la question: 'est-ce que vous êtes au courant de rétrocommissions qui auraient pas été versées à des Pakistanais dans le cadre de la campagne de Monsieur Balladur'. Et vous, vous étiez pas au courant non plus, non ? Vous, vous, vous étiez peut-être journaliste à cette époque, peut-être à ce moment là je vous aurais… non, mais je ne vous en veux pas mais enfin écoutez franchement. (Soupir). Enfin, si y a un braquage à Bruxelles aujourd'hui, j'y étais… (rires dans le public) c'est incontestable." Nicolas Sarkozy (maudit soit son nom, ndlr) se met alors à rire avant de reprendre: "Non pardon, hein, je ris pas du tout parce que Karachi c'est la douleur de familles et de trucs comme ça… mais… qu'est-ce que vous voulez que j'aille répondre là-dessus."

back to business...

Et non, ce n'est pas moi qui vais reprendre ce blog avec une vitesse de croisière qui me demande plus de temps que je ne peux en donner pour l'instant. C'est semble-t-il le sentiment de deux grosses huiles du gouvernement U.S. qui pensent (ou qui veulent faire penser) que tout va redevenir comme avant, le bon temps des Cadillacs dans les drive-ins, l'aspirateur et le pavillon bourgeois à crédit, tout ça, tout ça, fuckin' american way of life...

Une analyse plus détaillée de la saillie (drolatique) est disponible chez Paul Jorion (qui prête son espace à François Leclerc), et qui sait de quoi il parle.
Un extrait pour la bonne bouche:

« En restaurant la confiance du public dans notre système financier, les réformes de l’administration vont permettre à celui-ci de jouer son plus important rôle : transformer les revenus et les économies des travailleurs afin d’en faire les prêts qui vont aider les familles à acheter des maisons et des voitures, les parents à envoyer leurs enfants au lycée et les entrepreneurs à construire leurs affaire. Il est temps d’agir. »

Tim Geithner (Secrétaire au Trésor des États-Unis) & Lawrence Summers (chef du Conseil économique national des États-Unis), Washington Post, 15/06/2009.


A l'autre bout du monde...

Une échéance importante arrivant avec ses gros sabots, et n'ayant aucune envie de paraphraser les événements du week-end , qui ont été décortiqués jusqu'à l'os (j'ai même brièvement regarde la télé hier soir, vous dire le niveau de l'indigestion), je vous offres quelques images qui datent du mois de Janvier.

Toute ma considération pour ceuces qui trouvent ou ces images ont été prises...
Ceux qui savent sont priés de se taire.

Et si vous voulez de la vrai photo qui déchire le slip (et éventuellement le string), foncez directement chez mon pote Tonio, ici, ou , et prenez quelques minutes pour vous faire péter les yeux...